L'UNANIMITÉ AU SACRÉ-COEUR
nous VOUS avons fait souffrir! » lui répondaient les sœurs, toujours agenouillées. M""^ Barat les releva : « Allons, dit- elle, je vois bien qu'il faut nous embrasser ! » Après quoi, moitié pleurant, moitié souriant, elle prit et serra chacune d'elles dans ses bras , puis elle se hâta de sortir pour rendre grâces à Dieu^ »
« Dès ce moment, le bonheur rentra dans la maison, ajoute le journal de M""® de Gramont d'Aster. Chacune reprit sa gaieté, et l'on ne pensa plus qu'à préparer la fête de la prise d'habit. » Celle-ci eut lieu le jeudi 29 février. M"*" Barat y reçut l'anneau et la croix de la main de l'assistante, M™° Eugénie de Gramont, à qui la mère supérieure les donna à son tour. Ces deux âmes étaient maintenant si étroitement unies, que M"'° de Gramont d'Aster n'en pouvait taire sa joie : « L'union qui règne entre la mère générale et M"*^ Eugénie est d'un grand exemple, et aussi édifiante que consolante, » écrivait-elle dans le journal d'Amiens.
Les règles rétablies, l'esprit religieux ressuscité dans la communauté, les études fortifiées dans le pensionnat, l'ordre et l'économie reconstitués dans le temporel, furent autant d'œuvres qu'elles accomplirent de concert. Avant de se retirer. M""" Barat désigna M"'" Eugénie de Gramont comme maîtresse du pensionnat et du noviciat. M"'" de Gramont d'Aster, nommée seconde assistante, devait avoir la direction de la communauté. Enfin, M""" Grosier leur fut promise pour supérieure. Cela fait, la mère générale partit le 27 avril, laissant la maison d'Amiens réconciliée et transforpiée.
Rien ne semblait manquer à cette œuvre de paix,
1 Journal aulogr. de la mcrc de Gramont d'Aster, p. 0.
quand, quelques mois après, le sceau de l'Église y fut mis par une lettre de Pie VII aux Vicaires généraux capitulaires de Poitiers. Le Pape les félicitait de « posséder dans leur diocèse deux maisons du Sacré-Cœur qui s'employaient avec un si grand fruit à l'éducation des filles ». Il regrettait la méprise qui les avait troublées et un instant désunies. Il terminait enfin en exprimant le vœu « que la tranquillité et la parfaite concorde revinssent dans les cœurs de toutes, afin qu'elles continuassent à servir Dieu dans la paix, et à former la jeunesse aux vertus et à la piété chrétiennes* ».
La crise était terminée; et le Sacré-Cœur allait accomplir désormais, avec la pleine et puissante liberté de son zèle, l'œuvre de régénération dont M. de Lamarche venait d'écrire ces belles paroles à M'"'' Barat : « Quelle œuvre admirable , et comment l'opérer, si ce n'est en recevant et communiquant les divines influences d'un Dieu qui n'a cessé d'aimer un pays où l'irréligion, l'impiété, les crimes de toute espèce se sont réunis pour en couvrir toute la surface d'infamies et de profanations de tout genre ! 0 filles aînées du Sacré-Cœur, que votre destination est grande!... Mais que vos obligations sont relevées! Que vous êtes obligées d'aimer et de faire aimer un Dieu si libéral à votre égard! Que le choix que Jésus fait de vous pour être, non-seulement les épouses, mais les apôtres de son Cœur, doit vous porter à une vive et active reconnaissance ! — Adieu , je suis heureux de me recommander aux prières d'une Société qui ne fait plus (ju'un seul cteur dans le Cœur de Jésus-! »
« LcUre liu \l'> juin ls|C.
2 CuigiiiiTcs, 17 fôvrier 1810.