CHAPITRE PREMIER
LA FONDATION DE l'ARIS
Épreuve spirituelle de M'"^ Barat ; la solitude du cœur; Dieu uniquement aimable. — La colonie de Cuignières transférée à Beauvais. — Visite de Poitiers, de Niort et de l'orphelinat de Sainte-Pezenne. —
— Progrès des mères Geoffroy et Emilie Giraud. — Installation de la maison de Paris; les premières novices et pensionnaires. — Bénédiction de la chapelle. — Paroles du P. Varin. — Retraite du P. Roger. — M"" Eugénie Aude. — Ulia Pater. — Les fidèles du Sacré-Cœur. — Fondation de Quimper. — Le pensionnat de Paris. — M""° Eugénie de Gramont, maîtresse générale. — Son repentir, l'affection de M"'= Barat.
— Épidémie au pensionnat. — Alarmes et dévouement de M"'« Barat. — La maison renaît. — Dieu tout!
Les premiers temps du séjour de M™^ Barat à Paris, pendant et après le conseil général, furent des jours de grandes désolations intérieures. Dieu ne veut pas que ses saints jouissent ici -bas du bien qu'ils font. « Il en arrive d'eux, écrit sainte Thérèse, comme des
enfants qui travaillent dans le champ de leur père. Ils ne sont pas payés à la journée comme les autres, mais ils reçoivent leur récompense tout à la fois. » Cette récompense c'est Dieu môme; et, pour qu'ils ne l'oublient pas, quel vide désolé il se plaît à creuser dans les cœurs magnanimes, au lendemain de leurs meilleures œuvres et de leurs plus purs succès!
Nous en avons le spectacle dans les lettres écrites alors par M'"" Barat. Au sein de la ville de. Paris, « à la source des lumières, » comme elle s'exprimait, elle se trouva plus que jamais seule, triste, délaissée de toute créature. On l'entend s'écrier : « C'est la voie du désert qui s'ouvre maintenant devant moi 1 » On la voit aller et revenir vers ceux dont elle espérait secours et direction : ils ne lui répondaient plus. Le Père Varin s'était replongé dans le travail de son noviciat; M. Montaigne, accablé d'âge et d'infirmités, ne pouvait ou ne voulait plus s'occuper de son àme : « Il n'a pas pu me donner un quart d'heure, disait-elle. Ce vénérable Père, en qui j'ai une confiance sans bornes, et dont l'àme est si étroitement unie à la mienne, ne pourra bientôt plus nous servir que par ses soulTrances et ses prières. » Dans d'autres lettres, elle disait qu'elle était devenue « trisle et ennuyeuse même en récréalion. » Le monde lui était à charge; elle s'en accusait elle-même la première. Quelquefois aussi elle en accusait Paris, et elle tournait des regards de regrets vers la montagne de Grenoble où le Ciel, jadis, avait fait pleuvoir sur clic tant de bénédictions.
Le dernier mot de cette soulTrance, comme de toutes les autres , ce fut l'acceptation de la volonté de Dieu : « Qu'elle s'accomplisse en tout sur sa petite servante,