MADAME EUGÉNIE AUDE
beaucoup produite en Italie et en France; elle s'était complu dans cette vie de mouvement et de fêtes; et il avait fallu un grand coup de la grâce pour rompre le charme mondain qui la fascinait. Elle racontait qu'un soir elle revenait d'une réunion, encore toute parée, quand, se mettant devant sa glace pour se considérer, elle y vit la face de VEcce homo meurtrie et sanglante ! Aussitôt, rejetant ses vains ajustements, elle se consacra à l'amour et au service de l'Homme de douleurs. Tel fut le principe de sa vocation : elle entra à Sainte -Marie. Mais le siècle avait laissé en elle son empreinte. Pendant son postulat, on souriait, à Grenoble, de ses manières mondaines, de ses belles salutations, de ses trois toilettes par jour! Même sous le voile de novice qu'elle portait maintenant, elle laissait voir encore, non sans complaisance, l'élégance de sa taille et les avantages de sa personne. La retraite du Père Roger acheva sa conversion. On ne tardera pas à voir ce que cette âr.ie de jeune fille changée en âme d'apôtre était captble d'entreprendre pour Dieu et le prochaine
L'élan imprimé aux novices par la retraite fut soutenu ensuite par les instructions du Père Varin. Quelques-uns de ses entretiens ont été recueillis, du moins sommairement : ce sont des jets de flamme. Surtout son allocution pour le premier jour de l'année 1817, fit époque au Sacré-Cœur. Représentant l'obéissance de Jésus-Christ à son Père comme le modèle de l'obéissance religieuse, il termina par ce mot, qui devint dès lors le mot d'ordre du sacrifice dans la Société : « Considérez Jésus, victime volontaire, en-
1 Noies sur M"" Aude, par M™» Amélie Hamel.
tendez-le répondre à son Père, qui demande une hostie pour le monde : Ita, Pater. Ainsi, partout et toujours, nous devons dire à Dieu : Oui, mon Père. 0 heureuse, mille fois heureuse, l'âme qui s'est établie solidement dans ce grand Oui! A chaque immolation qui lui sera présentée : Oui, mon Père, dira-t-elle; et, à la dernière heure, quand le Seigneur l'appellera : « Ma fille, viens avec moi! » — celle-ci lui répondra encore : Ita, Pater, et ce mot sera celui de toute réternilé* 1 »
Le noviciat alla s'augmentant chaque jour : il y avait peu de semaines où il n'entrât quelque nouvelle postulante. Celles que le sacré Cœur attirait ainsi, étaient en général des âmes prêtes à tout. Nommons seulement l'une d'elles. M""' Cécile Camille. Née dans le palais de nos rois, bercée sur les genoux de l'ange de la cour, Madame EUsabeth, qui lui avait appris sespremières prières, puis frappée du même coup que la Maison de France, elle avait de bonne heure regardé la souffrance comme sa vocation. Un jour, à dix-huit ans, se trouvant à Saint- Sulpice, dans la chapelle de la sainte Vierge, elle y avait demandé la faveur de souffrir toute sa vie. Depuis lors, elle ne fit plus que languir et dépérir. La bonne mère Barat ayant cru nécessaire d'avancer, pour cette cause, le jour de sa profession : « Je vous remercie, ma mère, répondit Cécile, mais c'est rexlrème onction que vous me donnez là! » Toutefois, son courage suppléant à ses forces, elle compta parmi les meilleures maîtresses du pensionnat de Paris.
Ce pensionnai, lui aussi, grandissait rapidement, se recrutant principalement parmi les classes élevées; et
1 Journal dr Paris , [mt M"" lUiclicsnc, p. .1'^.