‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 116 sur 223 · FONDATION A QUIMPER · texte numérisé non relu

FONDATION A QUIMPER

autre de ses filles , nous veut dans la ville que nous aimons le moins. Acceptons notre exil; restons-y en paix, et ne pensons qu'à nous unir à celui qui devra être notre partage éternel^ »

Cependant le noviciat aspirait à répandre la gloire du sacré Cœur, et de toutes parts on pressait la mère générale de faire des fondations. On lui avait offert la direction de la maison royale de Saint-Denis. Elle la refusa pour de sages raisons. Elle se montra plus favorable aux propositions de M^de Crouzeilles, évoque de Quimper, qui l'appelait dans cette ville; et, dans les premiers jours de mars 1817, elle y envoya M""® Bigeu, avec une colonie de sa maison de Paris.

a La veille du départ, notre mère nous réunit, raconte une de celles qui en firent partie. Elle nous parla du bonheur que nous allions avoir de former des adoratrices au sacré Cœur de Jésus. Elle insista beaucoup sur la bonté de Dieu, qui, en daignant nous confier le salut des âmes, nous rendait dépositaires de ses plus chers intérêts. Le dévouement aux devoirs de notre vocation, Fesprit de renoncement, l'humilité nécessaire en une œuvre toute de Dieu, et où nous n'étions pour rien, furent le sujet de son petit discours. Elle le finit en nous demandant, au nom de Jésus-Christ, la fidélité à nos Constitutions, que nous lui promîmes dans nos cœurs. Elle nous bénit ensuite. Le lendemain, nous étant réunies à la chapelle, nous nous arrachâmes fort émues des bras de nos mères et de nos sœurs, et la voiture nous emporta loin de Paris. »

Ce ne fut que le 15 mars, douze jours après le dé-

1 A M'"' E. de Gramont, 27 juillet 181.S.

part, que les voyageuses parvinrent à leur destination. Le 5 avril, jour de Pâques, M'"" Barat réunit ses filles autour d'elle pour leur lire ce voyage à la récréation. On y dénonçait quelques instants de défaillance dans ]\lme Aude, cœur d'enfant par nature, qui devait devenir un cœur de héros par la grâce. Il y avait si loin de Moutiers à Quimper! Et la basse Bretagne lui rappelait si peu la Savoie et l'Italie, chères à son souvenir! On citait de belles paroles de M™** Bigeu. Les voyageuses ayant tremblé dans la petite traversée d'IIennebon à Lorient, à l'embouchure du Blavet, M'"^ Bigeu leur montra le soleil qui se couchait en feu à l'horizon : « Ne craignez rien, mes sœurs, car un soleil encore plus beau que celui-là éclaire notre route dans le ciel! » Un refrain répondait à toutes les tristesses : « Oh ! qu'il est bon le Dieu que nous servons! » C'est ainsi qu'elles étaient arrivées à Quimper. Dès le lendemain l'évèque vint les encourager. La maison qu'il leur confiait et que venaient de quitter les Visitandines était un ancien couvent de capucins. Ni l'état de l'habilalion, ni celui du pensionnat composé de dix petites Bretonnes, fort rustiques, n'avaient séduit les sœurs au premier aspect. Mais elles appréciaient encore la foi de ce pays, où les mœurs comme les terres étaient incultes, mais où les caractères sont de granit comme le sol. Si, d'ailleurs, quelque religieuse s'agitait, s'inquiétait pour elle-même ou pour son œuvre, M"'" Bigeu, la calmant du geste, lui disait : « Ma fille, reposez-vous sur le sein de Jésus. Vous n'êtes rien, vous ne lui pèserez donc pas beaucoup. » La donatrice de la maison était une pieuse j^crsunno, M"" de Saint-Pern, très-bonne, très-dévouée à l'Église et aux pauvres, (lui dcjiuis jilus de trente ans aspi-

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