‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 117 sur 223 · MADAME EUGÉNIK DE GRAMONT · texte numérisé non relu

MADAME EUGÉNIK DE GRAMONT

rait au bonheur de l'état religieux. Elle se mit sous la conduite de M""^ Bigeu, qui, au bout de deux mois, l'amena à Paris. Là sa vertu croissante fit l'admiration de M™® Barat. « Elle a plus de cinquante ans, écrivait cette mère; mais quelle humilité! quelle obéissance! vraiment, elle nous édifie. C'est ainsi que le Maître de la vigne appelle à toutes les heures, et la bonne demoiselle a bien l'air de mériter son denier, autant et plus que celles qui, comme votre mère, ont porté le poids du jour et de la chaleur*. » Ce prix ne se fit pas attendre. Un peu plus d'un an après, le soir de l'Epiphanie 1819, la mère de Saint-Pern, revenue, en qualité de simple religieuse, dans sa maison de Quimper, rendit à Dieu une âme qu'elle venait de lui consacrer par sa profession.

M""" de Gramont d'Aster fut nommée supérieure de cette nouvelle famille. L'ancien couvent des capucins fut renouvelé, corps et âme, sous son gouvernement. Le pensionnat se remplit; mais la prédilection de la supérieure était pour les classes pauvres. Trois à quatre cents enfants y furent admises pour rien. Leurs haillons disparurent, leurs familles furent secourues, tout le pays fut édifié. Le plus grand bonheur de M""® de Gramont était de faire du bien en se privant de tout*.

Nous venons de voir quel fut le noviciat de Paris, sa naissance, son accroissement, sa première mission. Une autre sollicitude de la mère générale, était le pensionnat. Il s'augmentait chaque jour. Voulant mettre à sa

1 A la mère Thérèse, 7 août 1817.

2 Voir sa notice biographique.

tête une maîtresse qui répondît pleinement à la confiance des plus grandes familles, elle fit venir d'Amiens M*"* Eugénie de Gramont, qui, dès lors, entra dans cette brillante carrière où, déployant pendant trente ans les dons les plus heureux de l'esprit et du caractère, elle attira et conquit la jeune noblesse de la France et de l'étranger.

Elle n'en fut pas éblouie. Dès ces commencements, elle ne se distingua que par une simplicité dont M"'*' Duchesne racontait ainsi son édification : « M'"® Eugénie de Gramont est bien édifiante ici par son humilité. Elle ne fait pas plus de volume que la dernière novice. A table, elle prend toujours ce qu'il y a de plus grossier, s'occupe d'une lessive, du. b, a, ba des petits enfants, comme si elle gouvernait une maison nombreuse, tient beaucoup à la régularité; enfin, c'est sans contredit un des sujets les plus distingués de la Société ^ »

M""* Barat le savait, et c'est ce qui justifie la prédilection si particulière qui déborde de ses lettres à M""* de Gramont. M™" Barat, qui, suivant un mot de la mère Thérèse, « avait l'œil de Tàme très- fin, » avait compris de bonne heure cette riche nature. Elle avait pu, comme tout le monde, admirer dans sa fille de rares facultés : ce discernement du monde, celle sûreté de conseil, cette force de caractère, ce génie de gouvernement, enfin ce puissantesprit, relevé par de grandes manières, qui, dès qu'il se produisait, la rehaussait tellement, qu'il ne permettait plus d'apercevoir l'irrégularilé de sa petilitaille. Elle possédait aussi de grandes qualités d'àme :

1 Pari-;, 18 aonl ISlf>. à In nit're Thënse.

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