SON DÉVOUEMENT DE 5IÈRE
faut des victimes, pourquoi n'est-ce pas moi? écrivaitelle à Amiens ; il faut que je sois bien coupable pour être toujours laissée de côté! » Deux de ses filles furent plus heureuses. Pauline Pain venait à peine d'entrer au noviciat, quand, au plus fort de l'épidémie, la supérieure lui confia le poste d'infirmière. Elle en comprit le péril, elle en accepta l'honneur. « Atteinte dans l'exercice de son dévouement, rapporte M""' Duchesne, ellefità Notre- Seigneur, en se mettant au lit, le sacrifice d'elle-même qu'elle renouvela souvent dans le cours de sa maladie. Ayant obtenu le bonheur de se lier à son divin Époux par les vœux de rehgion, elle s'endormit en paix, dans les bras de la croix. » Elle avait alors dix-neuf ans et demi. La sœur Marie Chabert, frappée à ses côtés, fut douce envers la mort, comme elle l'avait été avec tout le monde. Brûlant du désir de se réunir à son Maître, elle fit ses vœux sur son lit d'agonie, puis reçut le viatique et entra tranquillement dans la joie du Seigneur, en tenant le crucifix collé sur ses lèvres ^
Au sein de ces douleurs, M"^ Barat puisait dans leur grandeur même de nouveaux motifs d'aimer une profession qui la crucifiait. Le 1 1 octobre , elle écrivait à la mère Thérèse : « Le bon Dieu me tient entre les malades et les mourants : il faut donc adorer et se résigner. Que de souffrances notre vocation ne traîne-t-elle pas après elle! C'est sous ce rapport qu'elle doit nous être plus chère. Sans doute, nous serions plus en repos chez les Carmélites, mais nous souffririons moins : c'est tout ce qui peut consoler de ne l'être pas. » Et dans une autre lettre , à M""" Prévost : « Vous voyez que les croix
1 Circulaires des clef unies, t. I", pages 18, 19, 20.
abondent de toutes parts. Encore une fois : Fiat! C'est la manière dont notre Société s'est établie depuis le commencement, et c'est, j'espère, ce qui continuera de l'établir plus solidement*. »
M"'" Baratnc se trompait pas. Un moment ébranlée, la maison de Paris se releva rapidement. La maladie avait nécessairement relâché le lien de la discipline. La supérieure le resserra avec une fermeté qui ne fit qu'accroître, d'ailleurs, l'attachement des élèves, comme elle le témoignait à quelques mois de là. « L'autre semaine, écrivait- elle, j'avais dû humilier au dernier point une de ces jeunes personnes : elle dit à sa mère, qui vint la voir le lendemain, qu'il n'était pas possible de trouver une meilleure maison d'éducation, que c'était le premier pensionnat de l'Europe. Dernièrement encore, ayant fait la menace d'en renvoyer deux ou trois, si elles ne faisaient des efforts, jamais je n'ai vu une douleur plus amère. Il aurait fallu les traîner pour les faire sortir, tant elles sont attachées à la maison -. »
Le Sacré-Cœur de Paris était fondé désormais : il avait reçu son baptême de larmes. M""® Barat proclama que Dieu avait tout fait, et s'emparant de ce mot de Vlmitaiion : « Quittez tout pour trouver tout : » « Qu'est-ce que tout, en effet, se demande-t-cUe dans une de ses plus belles lettres, qu'est-ce que luul? C'est Dieu. Qu'est-ce (jue Dieu? C'est la félicité suprême. Qu'est-ce encore? C'est tout! Que voulez- vous qu'on dise de plus? Vous savez, ma chère fille, (jue noire faible conception ne peut atteindre à le conqnondro.
< i'nris, 21 octobre 1817.
ï Jl'iil., ù M"" l';in. Girniid, 'Ji'. mars \H\h.