SES ENFANTS MALADES
jeune pensionnaire, M"*" Pauline de Choqueuse, fut la première atteinte. Elle n'était pas remise qu'une de ses compagnes, M"^ Caroline de Montsaulnin, fut prise du même mal, mais avec de plus alarmants symptômes : l'épidémie préludait à des ravages mortels.
M'"° Eugénie de Gramont demanda à revenir immédiatement. M""" Barat l'en empêcha : « Ma fille, ma chère fille, lui écrivit-elle, surtout ne vous tourmentez pas pour votre enfant. Je suis là, je tâche de veiller, et elle est bien soignée par moi, je vous en réponds ^ » On vit alors, en effet, « tout ce que le cœur pur d'une vierge peut contenir de tendresse et de courage maternels, » comme Bossuet l'a dit de Marie. Mais malgré ce dévouement de la mère générale, le mal s'aggravait : « Que j'ai de chagrin! s'écrie-t-elle dans une seconde lettre, Caroline est bien mal; je ne vous le cacherai pas: nous avons peu d'espoir de la conserver. C'est un ange ; elle a reçu tous les sacrements dimanche passé , ayant toute sa connaissance. On lui a donné la première communion, et aujourd'hui le scapulaire : c'est mon unique consolation. Mon déchirement est de voir la douleur de son père; priez pour lui^ » Elle ne put la sauver, et le lendemain, 4 octobre, l'infortunée supérieure commençait sa lettre par ce cri de douleur et d'espérance chrétienne : « Elle n'est plus, notre Caroline ! ou plutôt elle commence à vivre de la véritable vie dans le sein de Dieu, où elle s'est envolée hier, après une assez longue mais paisible agonie. Faites prier pour elle, quoique
1 Paris, 28 septembre I8l7.
2 Ibid., 3 octobre.
nous croyions bien qu'elle n'en a pas besoin. Elle a paru devant Dieu, riche d'innocence et de mérites, car on ne peut être plus pieuse que ne l'a été cette enfant dans le cours de sa maladie. Remercions donc le Seigneur, et vivons de l'espérance de la revoir un jour* ! »
M""" de Gramontn'y tint plus; le 8 octobre, elle était revenue à son poste. M"* Barat lui avait dit : « Le bon Dieu sera , j'espère , apaisé par la mort de notre petite victime. » Il n'en fut rien, et la maîtresse générale n'arriva à Paris que pour être témoin de nouvelles douleurs. Une toute jeune enfant, Cécile deCouronnel, fut atteinte si violemment, que bientôt on perdit l'espoir de la conserver. « Que vous dire, ma pauvre amie? écrivait M""® Barat à la mère Prévost, supérieure d'Amiens, Cécile est très-mal. Elle a fait ce matin sa première communion... Faites-vous l'idée de la douleur de sa mère, de l'inquiétude des autres parents, enfin de notre position. Redoublez donc vos prières. Ah! que nous en avons besoin-! » Le soir même, Cécile succombait en pressant son scapulaire sur ses lèvres : « Que le nom de Marie est doux! » disait l'agonisante. Une autre pensionnaire, M''" Maria de Razac, emmenée chez ses parents, y expira de même : « Jésus et Marie eurent son dernier sourire, » rapporte le journal de M^'Duchesne^ Ce petit pensionnat de Paris avait mérité déjà d'avoir ses représentants à la cour du Roi des cicux.
M'"® Barat eût souhaité que Dieu acceptât sa vie pour le rachat de ces jeunes et précieuses existences. « S'il
• l'ïiris, 4 octobre.
a Paris, l/«, 21 , 23 oclobre 1817.
3 Journal de Paris, p. 'tO.