MONSEIGNEUR FRAYSSINOUS 4SI
renommée qui grandissait chaque jour. Il était alors grand-maître de l'Université, il allait être fait académicien, comte et pair de France, enfin, il était sacré évêque d'Hermopolis depuis 1822. Esprit clair et sensé, écrivain correct , orateur par la majesté du port, la dignité des traits, et la pompe du langage plutôt que par la puissance et l'originalité de la conception, théologien et juriste judicieux, mais entaché d'opinions gallicanes, politique enfin plus honnête que puissant, M^ Frayssinous avait du moins un mérite incontestable et bien supérieur à celui du génie : il était, pour tout le monde, un homme d'une sainte vie et d'une haute piété, un vrai prêtre de Dieu. A ce titre, il se sentait attiré vers la vertu de M"'® Barat, qu'il vénérait comme un type de perfection religieuse. Il lui ouvrait son âme, il prenait ses conseils, il réclamait ses prières. Il lui disait dans une lettre du 28 août 1822 : « Ma chère et honorée mère, vous êtes du petit nombre des personnes sur lesquelles mon esprit se repose dans ses peines et ses angoisses. Je sais que vous êtes occupée du salut de mon âme, et cette persuasion me soulage. Vous êtes obligée plus qu un autre de prier pour moi, parce que vous connaissez mieux mes misères. Encore même, votre indulgente amitié vous en cache une bonne partie. Heureux les cœurs qui sont à Dieu sans ombre et sans mélange ^.. »
Deux ans après, il est vrai, la nomination au ministère de l'Instruction publique et des cultes le força de renoncera son titre de supérieur de la maison de Paris, mais elle ne changea rien à son dévouement, comme il en
1 Pari., 22 août 1822.
informait la mère générale par ces lignes du 27 août 1824 : « Voici une grande épreuve pour moi, et peutêtre pour vous, ma bien chère mère. Par ordonnance du 2G, je suis ministre des affaires ecclésiastiques et de l'instruction publique. Vous en prévoyez les con^^équences; certains liens extérieurs seront rompus; mais j'espère de vos sentiments que rien ne rompra les autres. Vous vous souviendrez toujours que j'ai été votre père, et je ne Toublierai jamais'. »
L'archevêque nomma à sa place, comme supérieur, M. Tabbé Desjardins, vicaire général, autre type excellent de la vie sacerdotale et apostolique.
Mais ce n'étaient plus seulement les premiers personnages ecclésiastiques, c'était la cour elle-même que poussait au Sacré-Cœur le courant de la dévotion ou de l'opinion. Nous avons déjà vu que le premier mouvement de M"" Barat, en présence de ces grandeurs, était de les fuir. « Ce qui me fatigue le plus, c'est le salon, répétait -elle à une de ses filles; si j'osais désirer quelque chose, ce serait qu'une autre que moi en fit les honneurs. » Le plus qu'elle pouvait, elle trouvait moyen de s'y faire remplacer, sans toutefois janiais refuser de paraître, quand le devoir et la charité lui en faisaient une loi.
C'est ainsi qu'elle accueillait avec une bonté particulière la vénérable et pieuse duchesse de Bourbon. M"" Louise-.Marie-Thérèse Balhilde d'Orléans, duchesse de Bourbon, était une personne d'un esprit singulier, entêtée d'illuminisme, très-extraordinaire de tournure et de mise, et, i>our toulcs ces causes, peu
« Paris, 27 aoûl 182i. Autogr.