LA DUCHESSE DE BOURBON
recherchée dans le monde. Ce fut pour M"^ Barat une première raison de l'aimer. Puis, — et c'était là ce qui attirait le plus son cœur compatissant, — cette princesse était malheureuse. Elle était la mère de ce jeune duc d'Enghien, fusillé, à la fleur de l'âge et des espérances, dans le fossé de Vincennes. Elle était l'épouse, depuis longtemps délaissée, de ce vieux prince de Bourbon qui traînait dans le scandale une vieillesse indigne du nom de Condé. Enfin, elle était bonne : elle avait établi dans sa propre demeure de la rue de Varennes, non loin de l'hôtel Biron, son hospice d'Enghien, où elle recevait les malades, en souvenir et pour le salut de son fils. jyjme gapat l'appréciait par ces côtés du cœur : elle la consolait, l'éclairait, priait et faisait prier pour que Dieu dissipât les ombres de son esprit. « Ce n'est pas pour obtenir des grâces corporelles que je vous la recommande , écrivait-elle à Grenoble, mais une spirituelle, à laquelle j'attache, pour cette bonne duchesse, te plus grand prix '. La duchesse étant morte dans le mois de janvier 1822, M"'^ Barat la pleura presque comme une amie. « Je vous ai, je crois, déjà parlé de ma douleur, confiait-elle encore à la mère Thérèse. J'ai perdu notre excellente princesse de Bourbon, qui nous aimait bien sincèrement. C'est pour moi un vide que je sentirai longtemps. Le bon Dieu ne veut rien dans nos cœurs que Lui. Je sens chaque jour cette loi s'opérer dans le mien^ »
Dans le môme temps, les princes de la maison de France honoraient le Sacré-Cœur d'une bienveillante
1 A la mère Tiiérèse. Paris, 21 octobre 1821.
2 Paris, 17 janvier 1822.
J5l HISTOIRE DE MADAME BARAT
proteclion, La chapelle du pensionnat ayant été construite dans le courant de l'année 1823, toute la fjmille royale voulut contribuer à sa décoration. Louis XVIII donna l'autel ; Monsieur, frère du roi, fit présent de la gloire qui surmonte le sanctuaire. En rendant cet hommage au sacré Cœur de Jésus, les frères de Louis XVI répondaient à la pensée de l'auguste martyr qui lui avait consacré son royaume dans la prison du Temple.
A peine ce sanctuaire eut-il été béni que M*"" les duchesses de Berry et d'Angoulême y amenèrent les Enfants de France. L'espérance, l'action de grâces et l'attendrissement se confondirent dans l'àme de M""^ Barat, quand elle vit se courber devant le tabernacle ces jeunes tètes si protégées, mais si exposées. « Nous avons ou dimanche, écrivait-elle le 29 octobre, la visite de iM^ le duc de Bordeaux et de Mademoiselle, sa soîur. Ils ont passé deux heures avec nous et avec nos élèves. Qu'ils sont donc aimables! Vous peindre ce que nous avons éprouvé en voyant l'enfant de la miséricorde de Dieu serait impossible, surtout lorsque tous deux, dans le sanctuaire, à genoux, adressaient pour la première ibis leur innocente prière dans une église consacrée au sacré Cœur. Comme nous avons toutes prié ce divin Cœur pour ces augustes enfants! Hélas! quelle lâche difficile va s'ouvrir poureux dans quelques années'! »
Ces visites se renouvelèrent, et drs rapports habituels de bonté d'un côté et de reconnaissance de Taulre s'établirent entre l'Elysée et l'hôte! Biron. L'humblo M"'" Barat en renvoyait tout l'honneur à la maîtresse générale. « La duchesse de Berry, faisait-elle savoir
» A M"" iVovost. Paris, 29 octobre 1S21.