‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 203 sur 223 · ELLE S'EFFACE HUMBLEMENT S · texte numérisé non relu

ELLE S'EFFACE HUMBLEMENT S

ments daignez-vous vous servir? Voilà un mois que je languis, malade et impuissante : cependant tout a marché comme la Providence le pousse 1 Voilà avec quoi le Cœur de Jésus veut opérer. J'en suis, en vérité, si remplie de confusion, que si je n'étais retenue par la prudence, je le dirais à tout l'univers : ce serait le second volume de la bonne femme du frère Gilles ^ »

Apprenait-elle les bontés du Saint-Père et du nonce pour sa fondation : « Hélas! s'écriait-elle, ces grands serviteurs de Dieu nous croient de dignes instruments de sa gloire. Et au fond, que sommes -nous? Tous ces bienfaits du Cœur de Jésus me percent l'âme : c'est un poids qui m'accable. Il faudrait du courage, demandezle pour moi^ »

Aussi, à peine eut-elle assis ce nouvel ouvrage, qu'elle n'eut rien de plus pressé que d'en abdiquer l'honneur. « C'est vous, ma chère fille, écrivait-elle le 28 mai à M""^ de Causans , c'est vous qui serez la pierre fondamentale de cette œuvre si intéressante. Je suis tellement pénétrée de cette vérité, que je rends tous les jours grâces au Seigneur de ce qu'il a arrangé les choses de manière à ce que je n'y fusse pour rien. J'aurais tremblé pour sa réussite, s'il en eiàt été autrement; et j'ai du moins cette tranquillité, que l'œuvre n'en ira que mieux avec d'autres instruments ^ »

Enfin, comme l'établissement et le gouvernement de cette fondation l'obligeaient à correspondre avec les cardinaux et le Pape .lui-même, elle en était confuse; et, cherchant à donner le change sur le véritable rôle qui

1 A M"" A. de Causans. Paris, 19 janv. 1828.

2 A M'»' Duchesne, 9 mai 1828.

3 Paris, 28 mai 1828.

lui appartenait, elle écrivail un jour à la mère de Rozeville : « J^écris en ce moment au Souverain Pontife ; mais cette correspondance ne me fait pas oublier la belle vache que vous m'avez promise. Ilélas! je n'aurais jamais dû avoir que cet emploi, si l'on m'eût mise à ma place! Si je ne renverse pas la Société, c'^t bien parce que Notre-Seigneur agit lui-même et gouverne seul. Vous avez donc de grands motifs d'avoir confiance; car si l'instrument est faible, il est dans la main toute-puissantC'de Dieu, n'étant rien que par Lui. Cette conviction fait ma force et mon bonheur'. »

Mais personne ne se méprenait sur la part qui revenait à la mère générale, particulièrement dans celte fondation. Elle fut, avons-nous dit, l'œuvre de son humilité; on la regardait aussi comme le prix de sa souffrance; et en tête des documents relatifs à cette œuvre, on remarque ces lignes : « Nous ne doutons pas que, de son lit de douleur où la fièvre l'a tenue pendant plus de trois mois, cette digne riière n'ait beaucoup contribué à la réussite de cette grande affaire, en attirant sur les personnes qui agissaient en son nom , et sur la Société tout entière, ces grâces de choix que le Ciel n'accorde jamais sans que la croix les accompagne-. »

La fondation était faite. Toutefois, pour répondre aux intentions du Saint-Père et ouvrir un pensionnat, trois personnes ne pouvaient suffire. La mère de Charbonnel partit donc de Paris pour aller les rejoindre , et passant par Turin, elle emmena avec elle douze religieuses ou novices de l'une et l'autre maison. De ce nombre était

« Paris, 2M août 1828.

2 IMalioua et Irltrejs de lii>mc , reg. in-f», p. 2.

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