LA COLONIE ROMAINE 5S
M""® Elisabeth Galitzin, qui devait faire profession à Rome entre les mains du Père Rozaven, son ancien guide.
Elle-même a décrit d'un grand style le voyage « du monastère ambulant », ainsi qu'elle s'exprime, à travers toutes les villes de la Lombardie. Lorsque la religieuse troupe, arrivée aux limites du duché de Modène, vit sur le pont de Penaro les armes du Saint-Père, elle fit éclater sa joie de se trouver enfin dans les États pontificaux. La mère de Charbonnel entonna le Nunc dimittis et le Laudate Dominum, omnes gentes. «A partir de ce moment, raconte le journal, le brouillard se dissipa, le soleil resplendit, et le beau temps nous fut fidèle jusqu'à Rome. Cette pure lumière semblait être l'image de l'éternelle Vérité universellement adorée et servie sur cette terre de bénédiction. » — Les routes plantées de croix et ornées de madones, aux pieds desquelles s'agenouillaient hommes, femmes et enfants ; les villes et les villaeres semés de statues de saints et de saintes, les églises encombrées de fidèles, tout ravissait la foi des pieuses pèlerines. « On ne peut faire deux pas sans sentir qu'on est dans un pays catholique, écrit M"'® Galitzin; le voisinage de la chaire de saint Pierre embaume l'air même. » A Lorette, depuis un mois, des ordres étaient donnés par le cardinal délia Sommaglia, pour qu'à son passage la colonie fût reçue avec toutes sortes d'honneurs dans le palais apostolique. Mais la Santa Casa réjouit bien autrement les épouses de Jésus-Christ. >i On croit être au milieu de Jésus, de Marie, de Joseph, rapporte le journal, et respirer le même air qu'eux. Il faudrait être pétrifié pour ne pas se sentir tout âme dans le lieu même où l'ange Gabriel annonça
à Marie qu'elle serait Mère de Dieu, et où s'est opéré ce miracle. » De là les religieuses traversèrent, non sans frayeur, les gorges des Apennins, et entrèrent bientôt dans la morne solitude de la campagne romaine. « Ce désert, dit le récit, ne contribue pas peu à relever la magnificence de Rome, qui, de toutes les hauteurs qui l'avoisinent, se développe successivement et s'agrandit aux regards comme à l'imagination. Enfin on passe le Tibre s\iv\e Ponte Mole, on découvre la porte du Peuple, la mère de Charbonnel entonne le Te Deum et le Magnificat, et le 15 décembre au soir, après vingt jours de voyage, les deux voiturins déposent les voyageuses au pied de la Trinité-du-Mont '. »
Les lettres de M"'^ Barat allèrent bientôt les rejoindre. « Allons, leur écrivit-elle, pour celte fois, voici l'heure d'entrer dans la voie des saints. C'est à vous de faire connaître, estimer et aimer la Société du Sacré-Cœur à Rome. Ainsi nous porterez-vous, par votre ferveur, à imiter celte maison, qui sera la seconde de la Société -. »
Sentant croître son zèle en proportion des progrès qu'elle voyait faire au mal. M""" Barat en soufflait pareillement les ardeurs sur le Nouveau Monde.
La mission d'Amérique avançait lentement, il est vrai, mais courageusement. A Fleurissant, le noviciat consolait M""^ Octavie Berlhold : des classes de mulâtresses, une école de petites Indiennes y faisaient l'espérance de M"*" Duchesne. M'"*' Xavier Murphy faisait aimer au Grand-Coteau le sacré Cœur de Jésus; les mères protestantes disaient : « Nous voulons bien que nos filles soient de l'aimable religion de M'"*= Murphy. »
> V. .loiirnnl de M""^ GaliLzin. Aulorj.
- A M'"<= Olympe de Causans. Sans dalc. Rer., \^. 2 cl .'{.