SA DOUCEUR DANS L'INFIRMITÉ
quilles. Les médecins m'en donnent encore pour trois raois, et je crains que ce ne soit pour la vie : Fiat^ ! » De longtemps au moins, elle ne quitta plus le lit, ou l'espèce de corbeille dans laquelle elle gisait tout le jour, à la merci d'une sœur. C'est dans cet état de victime que la supérieure allait traverser les jours de nos fureurs révolutionnaires.
Tels furent les tristes auspices sous lesquels s'ouvrit l'année 1830. Les premiers jours de janvier ne ramenèrent pas au noviciat les fêtes accoutumées. Le Père Varin y fut, comme à l'ordinaire ; mais en entrant dans la salle de communauté il fit aussitôt cesser les chants. « On ne chante pas aujourd'hui, dit-il en secouant la tète, nous sommes trop tristes pour cela... Eh bien! asseyons-nous, pour causer un peu ensemble de l'Ami éternel, et finissons toujours par dire : Que Dieu est bon! » La dernière parole qu'il laissa à ses filles fut qu'il fallait être prêt à tous les sacrifices, et dire toujours à Dieu : « Oui, mon Jésus! »
Les princes de l'Eglise et de la P>ance catholique s'empressaient cependant autour du Sacré-Cœur. M^'' de Quélen, M"'" la Dauphine, la duchesse de Berry, même la reine de Naples, venaient y demander des prières pour le pays. M'"^ Barat ne paraissait plus : elle avait profité de son impuissance pour se faire une retraite solitaire avec Dieu. « Je vis, écrivait -elle à M"*' Duchesne, au milieu de grandeurs que j'évite autant que je puis. Souvent, pour me délasser, j'envie vos vastes forêts et les bords du Mississipi. Est-ce que je ne les verrai jamais^? »
1 A M""= Duchesne, 14 fév. 1830.
2 Paris, 14 février 1830.
560 HISTÛIKE DE MADAMK BARAT
Traînée dans ies allées sur une chaise roulante que suivait ordinairement une brebis familière qu'elle nourrissait de ses mains, elle n'accusait qu'elle seule de son infirmité. Souvent elle en remerciait Dieu : « Dieu sait bien ce qu'il me faut, disait-elle à ses novices. J'étais trop active : il me le fait expier. » Au printemps, elle essaya de faire quelques pas, appuyée sur des béquilles, mais si chancelante encore, que ses filles tremblaient : « Oh! non, leur répondait- elle alors affectueusement, comment pourrais-je tomber, entourée comme je suis? N'est-ce pas le cas de dire, avec l'Écriture, que Dieu a chargé ses anges de veiller sur moi, de peur que je ne heurte du pied contre la pierre^? »
La fêle du sacré Cœur l'embrasa d'une grande ardeur : elle semblait avoir oublié ses maux. Le 17 juin, veille de ce jour, elle se fit porter dans la salle de communauté, pour y faire à ses filles une conférence générale. Sa première parole fut ce texte de l'Écriture : « Voici le grand jour que le Seigneur a fait, réjouissons-nous donc et soyons dans l'allégresse. » Elle expliqua comment, en efîet, le Seigneur avait fait celte grande journée, en inspirant à nos âges la dévotion de son Cœur. Elle dit aussi pourquoi il fallait se réjouir, puisque c'était la fêle du bonheur par excellence, la fête de la grâce, la fêle de l'amour, et que toutes devaient en être les témoins et les apôtres, môme au delà des mers, si Dieu le demandait. « Quelle mission! s'écria-t-elle, et quel déluge de grâces Dieu fait tomber sur nous! Et cependant, qu'est-ce (|ue tout cela, comparé au bonheur ijui couronnera un jdui* nos faibles travaux? Délices inef-
• Journal du nuvii ial, 2y avril 18J0.
M"<= Barat visite Dooresele 223
Elle assiste son père mourant. 227
Elle visite Poitiers, Niort, Grenoble 228
Le pape Pie VII, captif, bénit le Sacré-Cœur à Grenoble 228
Le pensionnat et les écoles de Sainte-Marie 230
Mme Barat parmi les enfants à Grenoble 231
Elle modère l'impatience de M™« Duchesne 232
Son abandon à Dieu seul 234
Elle visite Cuignières. Pauvreté de cette fondation 233
M. l'abbé de Lamarche 233
Les élèves de Cuignières; les novices. Euphrosyne Beaumonf . . . 238
Maladie de M™» Barat à Gand. — Son désir du ciel. 241
Son adieu à Dooresele. L'entier dépouillement 244
CHAPITRE II. — FERVEUR d'aMIENS. — LA CRISE . LE TRAVAIL DES CONSTITUTIONS
( De mai 1811 à décembre 1813 )
La mère générale à Amiens 246
Les novices ; Euphrosyne Beaumont ; sa mort 247
Herminie de Rougé; sa sainte vie et mort 248
M™" Louise Véron et de Gramont 249
Essai de constitutions, par M. de Saint-Estève ; le Sacré-Cœur en
est exclu 231
M"'« Barat alarmée va rassurer Poitiers, Niort, Grenoble 233
L'essai de M. de Saint-Estève est réprouvé partout 236
Ralentissement dans les progrès de la Société 237
M™" Barat va conférer avec le P. Varin à Chevroz 238
^1""= de Gramont d'Aster au Sacré-Cœur 260
Manœuvres de M. de Saint-Estève à Rome 263
Sages réponses de M'n= Barat 264.-
Menaces de M. de Saint-Estève 263
Le P. de Clorivière et le P. Varin rassurent la supérieure 266
La maison de Gand se sépare de la Société 267
^jme Barat en tombe malade 269
Troubles et division dans la maison d'Amiens 270
Souffrance de M'"° Barat; sa prière; la sœur Madeleine 271
Sa convalescence à Cuignières. M. de Lamarche 273
Fausse réponse adressée'à M™'= Barat 273
Soumission et confiance de la mère fondatrice 276
Elle réclame encore pour le Sacré-Cœur 277
M. de Saint-Estève est démasqué 278
M™' Barat triomphe par la conûance 279
CHAPITRE III. — LE SECOND CONSEIL GÉNÉRAL. LES CONSTITUTIONS. — l'unanimité RÉTABLIE AU SACRÉ-CŒUR (1815-1810)
Le conseil général se réunit à Paris 282
Réunion au couvent des Dames de Saint-Thomas-de-Villeneuve. 283
Le P. Druilhel, rédacteur des Conslilulions 284
Le prologue des Constitutions; le plan de l'Institut 285
Le postulat et les conditions d'admission 288
Le noviciat , étude, amour, imitation du Cœur de Jésus ". 290
Solidité de la religion du Sacré-Cœur, fondée sur Jésus-Christ- . . 292
Le culte du Sacré-Cœur de Marie 293
Les premiers vœux, l'aspirât, la probation 295
La profession, le mariage spirituel 296
L'allégresse de l'amour au service de Dieu 298
La maladie et la mort, suprême immolation au Sacré-Cœur. . . . i99
La générosité, caractère de l'Institut 301
Le gouvernement. La supérieure générale nommée à vie 302
Le supérieur général ecclésiastique. M. l'abbé Perreau 30o
Naissance d'un noviciat général , rue des Postes 307
Les élections, la consécration 308
Les Constitutions sont apportées à Amiens par M"'» Barat 310
Elle pardonne à ses filles; l'unanimité au Sacré-Cœur 312
Le triomphe du Cœur de Jésus. Lettre de M. de Lamarche 315