‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 207 sur 223 · PRÉCIEUSES MORTS 5S · texte numérisé non relu

PRÉCIEUSES MORTS 5S

volonté (le Dieu. — A Lyon, M""® Justine Salzac, agonisante, demandait à la mère Prévost : « J'ai froid : est-ce le froid de la mort? « Et sur un signe de cette mère qui lui montrait le ciel : « Quel bonheur! » s'écriait-elle, et baisant l'image de Notre-Dame de Fourvières, elle s'endormait dans la paix. — A Paris, c'était encore miss Anna Doliing, une jeune novice de vingt -cinq ans, ancienne protestante, qui ne donnait de sa conversion qu'une seule raison : c'est que l'Église catholique était « celle où Jésus -Christ était le mieux aimé ». — Enfin ce fut bientôt, à Lille, M"'^ Antoinette de Penaranda, qui, dans un admirable testament spirituel, trouvé après sa mort, avait offert à Dieu : « son corps, pour l'user et le consumer à son service; son âme, pour l'unir à sa volonté sainte; sa mort, pour qu'elle vînt de l'excès des travaux entrepris pour sa gloire; sa résurrection enfin et sa béatitude, pour qu'elle fût employée à le bénir et le chérir dans l'éternité^ » Ainsi se vérifiait ce mot de M™^ Geoffroy, que tant de faits devaient justifier encore : « Ma digne mère, si les voies de Dieu sont différentes dans la conduite des âmes, son esprit les marque toutes d'un même caractère dans la même famille. Celui de notre Société est de mourir dans la paix-. »

Le spectacle journalier de ces admirables morts, joint à ce dégoût de vivre qu'inspirent les époques troublées, éveillait au Sacré-Cœur une telle soif de mourir, que M'"'' Barat s'en inquiétait : « Le Père de famille moissonne, écrivait-elle à M""^ de Rozeville; ne mûrissez donc

• Circulaires des défuntes, t. I", de 1828 à 1830. ^ Notice sur M"'" Jenny Diival. Ibid., p. 116.

pas si vite, ou plutôt portez des fruits pour les âmes affamées qui ont besoin de nous pour connaître Dieu et vivre selon sa loi. » — Et à une autre de ses filles qui lui avait parlé de son désir de la mort : « Je n'aime pas ce désir, répondait-elle, je voudrais plus de générosité dans une épouse du Sacré-Cœur. Vivre pour souffrir et pour gagner des cœurs à Jésus-Christ est plus généreux que de désirer de mourir pour jouir. Dites donc, ma fille, avec sainte Madeleine de Pazzi : c< Toujours souffrir, et, s'il était possible, ne jamais mourir' ! »

La mère générale appelait la souffrance, elle lui fut donnée. Il y avait plusieurs mois qu'elle sentait dans tous ses membres une impuissance douloureuse, quand, vers le milieu de mai 1829, elle fit une lourde chute, dont elle rendait ainsi compte à la mère Grosier : « Cette lettre, ma bonne mère, a été interrompue par un accident qui pouvait me tuer : heureusement que mon bon Ange m'a gardée. Je suis tombée fortement à terre du haut d'une table où j'étais montée pour ouvrir une fenêtre. J'ai le côté meurtri et le pied foulé, je ne puis marcher ni remuer. Trente sangsues, le lit, etc.. ont éloigné le danger. Mais je suis encore fatiguée, on me porte dans un fauteuil. Remerciez le Seigneur de m'avoir préservée d'un plus fâcheux accident'. »

L'accident étail grave : des rechutes l'aggravèrent encore ; on craignit d'èlre obligé de couper le pied malade ; l'inaction la plus complète fut prescrite à celte vive et active nature. Au mois de février suivant, M°'* Darat écrivait : o Je ne j)uis faire un pas, même avec des bé-

' A M"" de Limminghe, 11 déc. 1829.

- l'iiris, mai 182D.

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