LE PENSIONNAT DE L'ORATOIRE
M'"^ Barat était l'àme de cette éducation. « II me semble, écrit l'une de ses pensionnaires, il me semble encore voir ses yeux éclairés d'une flamme céleste , entendre ses paroles courtes mais si pleines d'onction, quand elle nous entretenait du royaume de Dieu. Elle aimait à nous surprendre pendant nos récréations. Tout s'animait alors : « Mes enfants, chantez-moi le cantique a que j'aime ! » Nous chantions : Qu'ils sont aimés, grand Dieu, tes tabernacles. Elle nous écoutait, puis elle nous en faisait ressortir les plus belles pensées. C'étaient des moments de bonheur. Quelle sérénité elle portait dans son regard! quelle humilité dans son maintien et ses discours! quelle indulgence maternelle dans la correction de nos défauts ' ! »
Ces jeunes filles appartenaient à des familles fort diverses de fortune et de condition. Mais M^? Barat savait se faire toute à toutes. Les riches la recherchaient pour la distinction naturelle qui la plaçait au niveau des plus hautes classes, et qu'elle n'avait apprise qu'à l'école de Dieu. Les petits et les simples l'aimaient polf^ sa charité et sa condescendance. L'entendant leur parler, avec la même compétence, des choses de leurs champs et des choses de Dieu : « Vrai-
les cousines de M™e de la Granville : M'^" de Beaufort, dont l'une fut M"'= la marquise de Pariz; une autre, Léopoldine, comtesse de Namur d'Elzée, l'apôtre de sa contrée; Laure, qui se consacra aux bonnes œuvres ; Eulalie, qui fut religieuse du Sacré-Cœur et mourut à Orléans.
Nommons encore : Pauline Errembault du Maisnil, qui fit tant de bien à Tournay; Virginie Guidée (M'"» Anlhime Jérosme), une vraie sœur de Charité dans le siècle. — Henriette de Hame (M™<= de Rochemore) ; M™» Van der Cruisse; surtout la charitable bienfaitrice des pauvres, des malades et des écoles, Félicité Vifquin. La ville de Tournay, par reconnaissance, a donné son nom au quai qu'elle habitait.
1 Lettre autogr. de M'"' la baronne d'Olîslagers.
ment cette femme sait tout! » disaient les fermiers de la Picardie.
Telle fut pendant ces premières années l'existence du Sacré-Cœur, perpétuellement ballotté entre l'adversité et la prospérité, entre la mort et la vie. Telle fut dans ces commencements l'âme de M'^^Barat, à la fois humble et grande, patiente et généreuse, oublieuse d'elle-même et confiante en Dieu seul. Telle elle sera toujours; et dans cette humilité et cette docilité nous pouvons entrevoir un des premiers traits de la physionomie qui distingue les saints. D'abord ils n'appellent pas, ne provoquent pas leur mission : ils la redoutent. Leur premier sentiment est celui de l'épouvante, écrasés qu'ils sont par la disproportion de l'œuvre et de leurs forces. Dans cette disposition, on ne les voit pas se hausser et s'exalter eux-mêmes, comme les faux grands hommes qui cherchent à se surfaire. Leur élévation les laisse à leur modestie, à leur simplicité, à leur ingénuité, à toutes ces choses aimables qui nous attirent à eux , et par où nous pouvons les approcher encore. Ils sont divinement grands, parce que la vertu du Très- Haut les recouvre ; ils restent humainement petits, parce qu'ils sentent que celte force est en eux, mais sans eux. Ce n'est pas de leur suffisance, c'est de leur confiance seule que leur viennent ces dons; et « s'ils peuvent tout en Celui qui les fortifie, c'est uniquement par sa grâce qu'ils sont ce qu'ils sont ». Ainsi se fait cette harmonie de toutes les élévations avec tous les abaissements dont Marie est le type, dont le Mcujniflcat est l'hymne, et dont l'âme des saints est la reproduction immortelle.
Nous avons vu jusqu'ici la première de ces choses : dans M"" Baral, l'humililé selon Dieu. Nous verrons