XII INTRODUCTION
SUS, que Jésus acceptant ce legs et comme impatient d'en prendre possession , mit dans Tâme d'un saint prêtre l'inspiration et le zèle de préparer son avènement dans notre génération, par l'institution de la femme chrétienne, et de lever aussitôt une virginale armée chargée de cette conquête. Un ordre cloîtré et contemplatif avait reçu la confidence du mystère d'amour : cela devait être. Un autre ordre, un ordre actif et enseignant sembla destiné, dans les desseins du Ciel, à en être le propagateur et l'apôtre au milieu du monde. Là est la raison d'être de la vocation et de la mission de M"^*^ Barat. Toute dévouée au sacré Cœur, cette âme généreuse ne s'appartient pas, elle appartient toute à Lui. Dans sa vie intérieure elle en est le disciple, voilà toute sa sainteté ; dans sa vie extérieure elle en est Vapôti^e, voilà toute son œuvre : telle est, en deux mots, l'histoire de la servante de Dieu.
La première chose qu'on y voit, c'est la merveille d'une âme déifiée , pour ainsi dire , par l'action de l'amour, selon cette parole de saint Jean de la Croix : « Aimer, c'est être transformé en ce qu'on aime; aimer Dieu, c'est donc être transformé en Dieu. » On assiste à ce miracle de transformation divine chez M™*^ Barat. Jésus est certainement l'être le plus présent, le plus vivant, le plus agissant dans cette âme, et conséquemnient dans ce livre qui, pour être digne d'elle, doit être tout plein de Lui. Elle ne j^ense qu'à Lui, elle ne parle que de Lui, elle n'agit que par Lui, elle ne se plaît (ju'avec Lui. « Ce n'est plus elle qui vit,
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c'est Jésus qui vit en elle; » non pas, certes, pour l'éteindre, mais pour l'animer; non pas pour l'abaisser, mais pour l'exalter. L'âme des saints, qu'on le sache , n'est pas cette mer Morte que ne soulève aucun souffle , et où rien de vivant ne se meut sous la pesante épaisseur des eaux. C'est bien plutôt cette mer de Génézaretli qui a parfois ses agitations et ses tempêtes, mais oi^i Jésus est maître, et qui se calme sous la main de Celui à qui les flots et les vents obéissent. Ainsi perpétuellement gouvernée par Dieu, M™^ Barat reflète, dans ses facultés limpides et tranquilles , les plus pures beautés du ciel et de la terre. L'intelligence éclairée de la lumière d'en haut n'en voit que plus clairement, n'en embrasse que plus largement les choses d'ici-bas. Elle pénètre le fond des âmes, elle entre dans les secrets de leur vie; les mystères mômes de ce monde ne lui échappent pas; elle en effleure les sommets, comme du bout de l'aile, et avec quelle justesse, quelle délicatesse! Combien de ses jugements si modestes, mais si nets, sur les affaires de notre temps, resteront, en définitive, le dernier mot de l'histoire! Du sein de cette lumière, elle ne descend jamais, même aux plus petites choses, sans y porter, pour ainsi dire, quelque rayon de soleil. La gaieté, l'esprit, la bonne grâce animent et vivifient sa parole nourrie de foi et de sagesse, où l'on retrouve tour à tour la raison de sainte Chantai, l'onction de Fénelon et la grâce spirituelle de saint P'rançois de Sales. Elle est douce sans faiblesse; elle est forte sans roideur;