‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 61 sur 223 · L'AME DU PÈRE VARIN · texte numérisé non relu

L'AME DU PÈRE VARIN

plaire. Quand Dieu prédestine un homme à faire une de ses œuvres, Il n'en met pas seulement la lumière dans son esprit, Il en dépose encore les vertus dans sa personne, les grâces dans son âme. L'homme d'action et d'oraison, le soldat et le religieux, la vie apostolique et la vie intérieure, qui devaient s'unir et se fondre dans le Sacré-Cœur, marchent déjà de front dans le Père Varin. Et comme, dans un instant, nous allons le voir s'effacer devant l'action personnelle et croissante de ^me Barat, il faut auparavant nous arrêter un peu à contempler en lui le type qu'il avait mission d'imprimer dans ses filles.

Ce qu'on remarquait d'abord, c'était l'activité de sa vie apostolique, l'ardeur, l'intrépidité et l'étendue de son zèle. Ce zèle se portait d'un bout à l'autre de la France. C'est de Roanne, de Lyon, de Belley, de Paris, d'Amiens, que sont écrites les lettres qu'on vient de lire. Quelques-unes sont de Vichy, où l'excès de ses fatigues l'avait forcé d'aller chercher un remède à ses souffrances; car le feu sacré dont il était dévoré n'embrasait ainsi son âme qu'en consumant son corps. D'ailleurs il n'en concevait pour lui-même nul souci; car, comme il avait l'intrépidité du soldat, il en avait la joyeuse insouciance. « La fièvre me réduit à un si pauvre état que cela fait pitié; je ne peux ni parler ni marcher, » écrivait -il après une campagne apostolique qui l'avait jeté à bas. Mais aussitôt il ajoutait : « Le Seigneur me veut enfant, que le bon Dieu soit béni de tout^ »

L'épuisement de ses forces le condamnant au repos :

1 Roanne, 1" juin 1803.

13i HISTOIRE DE MADAME BARAT

« Tout va bien, dit- il gaiement, tantôt à table, tantôt gisant sur le lit : vie de chanoine , comme vous voyez. Les chanoines portaient la croix et percevaient de bons revenus. Puissé-je, comme eux, porter avec joie ma petite croix, et tirer pour le Ciel bon profit de ma prébende ^ » La fièvre cependant s'acharnait sur lui, et menaçait de lui laisser ce que M""* Barat nommait « un triste manteau d'hiver ». A cela il répondait : « Quand le manteau devient trop lourd, je fais avec lui un voyage de dix lieues à cheval, et le laisse sur la route. C'est ce qui m'est arrivé encore il y a huit jours-. » Si enfin on le conjurait de ménager ses forces, il n'en tenait pas compte; et lui qui imposait aux autres le soin de leur santé, déclarait n'avoir pas le temps de s'occuper de la sienne. « C'est l'affaire de mon bon Maître, répondait l'homme de foi, et il en sera ce qu'il voudra. Ne dois-je pas m'en reposer uniquement sur Dieu^? »

Un port de tête militaire, que plus tard la violence qu'il se fit à lui-même put seul lui faire perdre , achevait en lui le portrait du chevalier de Jésus-Christ*. Comme saint Ignace, son maître, il avait porté d'abord cette chevaleresque ardeur dans la milice du siècle; et maintenant qu'il combattait dans le camp de l'Evangile, il la mettait sans réserve au service de Dieu.

En lui , l'homme intérieur offrait un autre genre de

> 2 septembre 1805.

2 Iklley, 22 septembre 1805.

3 Ibid.

4 On possède deux portraits de lui. L'un , qui est le plus connu . le représente tel qu'il était dans ses dernières années, dans l'affaissement d<' l'âge et le recueillement de la prière. L'autre le montre, à peu près, dans sa cin(iuantiènio onix'e. Ces deux peintures appartiennent au Sacro-r.crur de Paris et de Conllanîj.

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