L'AME DU PÈRE VARIN
spectacle, plus ravissant encore. Ce soldat était un moine et un contemplatif. Durant la saison d'eaux qui le condamna à la tente , il laissait voir quelque chose de son recueillement et de son union à Dieu dans la lettre suivante : « Je suis ici au milieu d'un grand monde , mais dans une solitude si entière que jamais je n'en avais goûté de pareille. Je me trouve en quelque sorte face à face avec le bon Dieu, sans être distrait par les choses extérieures. Je ne m'ennuie pas un seul instant; mais je sens seulement que pour continuer une telle vie il faudrait avoir le cœur bien pur, et capable de soutenir le regard continuel du divin Maître ^ » — « Je suis moins fatigué, écrivait le même jour l'humble et courageux prêtre. Que Notre-Seigneur soit donc loué et béni de tout! » Mais aussitôt se souvenant que qui dit prêtre dit victime, il se reprend et ajoute : « En bénissant Dieu de diminuer mon mal, je le bénis également de ce qu'il ne m'ôtera pas tout , et de ce qu'il me laissera encore assez d'infirmités pour me faire souvenir que je suis un pauvre pécheur ^ »
Un homme se caractérise par son mot habituel : c'est l'écho de sa pensée. Le mot de la vie extérieure, et apostolique chez le Père Varin, c'était : Courage et confiance/ Le mot de sa vie intime, et le cri de son cœur, c'était : Que Dieu est bon! Ces deux paroles reviennent sans cesse dans ses lettres, comme une sorte de refrain à la gloire de Dieu. La première parole est son encouragement aux heures de combat. Il écrit à sa fille : « Je mets en Dieu ma confiance, mais bien entière. Je désire qu'en fait de confiance il n'y ait pas de réserve. La con-
1 Vichy, 29 mai 1806.
2 Ibid.
fiance, depuis la venue de Notre-Seigneur, doit être la vertu propre des pauvres pécheurs : elle doit donc être la mienne*. » La seconde parole est son action de grâces au lendemain de ses conquêtes : « Que Dieu est bon, que Dieu est bon de se servir de ce qu'il y a de plus petit et de plus faible pour procurer sa gloire et convertir les âmes ! »
La conquête des âmes se poursuivait en effet avec un enthousiasme dont les lettres du Père Varin à ]yjme Barat offrent partout le témoignage. Parmi les causes et les signes de la rénovation religieuse qui se faisait à cette époque , les historiens ne manquent pas de signaler certains grands événements publics, comme le Concordat, le voyage de Pie VII à Paris, ou encore de beaux écrits et d'éloquents discours d'apologétique chrétienne. On ne tient pas assez de compte du travail si utile de ces missionnaires sans gloire qui, sous le nom de Pères de la foi, allaient relèvera travers les villes et les campagnes les ruines amoncelées par la Révolution, et rapprendre aux âmes la grande nouveauté de rÉvangile. Dans le Nord, Amiens, Beauvais, Abbcville, Saint-Valéry-sur-Somme , toute la Picardie; dans le Midi, Lyon, Grenoble, Belley, Pioanne; dans l'Ouest, Tours, Poitiers, Bordeaux, se pressaient au pied des chaires oîi les Pères Varin, Thomas , Lambert, Gloriot, Barat, Desmare et Enfantin annonçaient simplement, fortement et fructueusement, l'approche du royaume de Dieu. Sans doute ces prédicateurs étaient plutôt des hommes de foi que de génie : « Mais, dit un grand orateur, la foi et l'amour n'ont pas besoin de génie : ils parlent, et toute la terre lus roconnaîl. Heii-
1 2 septembre 181).').