ELLE CHERCHE L'OBSCURITÉ
qu'elle y serait déchargée de la supériorité. » C'est ce qu'elle ne cessait, depuis son élection, de demander au Père Varin. Aussi, loin de se produire et de se faire valoir, ne cherchait- elle qu'à s'ensevelir dans l'obscurité. Le seul côté de sa personne qu'elle fît volontiers ressortir était la pauvreté de la simple fille du vigneron de Joigny. Elle avait fait venir, de sa ville natale , Louis, l'aîné de ses neveux, et elle l'avait placé, dès l'âge de huit ans, au collège des Pères de la foi d'Amiens. Mais en faisant donner à ceux de sa famille l'éducation élevée qu'elle leur avait promise , elle tenait à ce que personne n'ignorât la modestie de leur origine. « Quand j'allais voir ma tante, ra^îonte l'écolier d'alors, les religieuses et les élèves me faisaient fête. Malgré ce bon accueil, je me souviens que la première fois qu'elle me conduisit à sa chapelle de l'Oratoire, j'étais si confus de ma tournure, et si embarrassé dans mon petit habit dont la coupe était loin d'être irréprochable, que, par amour- propre, je me cachai dans un coin. Mais ma tante venant m'y prendre me mit en évidence , près de l'autel, sous les yeux des élèves et des dames. Certes , son humilité dut être satisfaite , car ma figure et ma tenue n'étaient guère de nature à lui faire honneur ^ »
D'après ce que nous venons de dire, on voit qu'il serait difficile de trouver deux esprits plus opposés que ceux de M™® Barat et de M""® Baudemont. Lequel allait l'emporter : de l'esprit d'humilité ou de celui d'autorité? de l'esprit de dilection ou de celui de domination? lequel allait recevoir le gouvernement et prévaloir à
1 Notes de J\I. l'abbé Dusaussoy. — i" cahier, feuille 7.
jamais dans la Société? Le choix d'une supérieure générale en déciderait; et ce fut le premier objet que l'on soumit au conseil des Mères.
Le 18 janvier 1806, fête de la Chaire de saint Pierre, on procéda à ce grand acte. Toutes les professes présentes déposèrent leurs votes; les professes absentes avaient envoyé le leur. Le dépouillement donna à M""" Barat la majorité d'une î;oza; seulement. On observa que cette voix décisive était due à la promotion que l'on avait faite de la sœur Maillard à la dignité de religieuse de chœur. L'on se plut à reconnaître la main cachée de la Providence dans l'appoint si opportun de cet humble suffrage *.
La nouvelle supérieure, en se voyant élue, fut tellement saisie qu'elle s'affaissa sous le coup. Elle était écrasée sous le poids de la charge qu'il lui fallait maintenant porter, sa vie entière *.
1 Noies de la mère Deshayes, p. 31.
2 Une inscription commémorative a été placée dans le lieu où s'est accompli cet événement. Ce lieu est devenu la chapelle privée des dames du Sacré-Cœur d'Amiens. L'inscription est ainsi conçue :
SOCIETAS VIRGIXLM A CORDE DNI JESU
HISCE IN iEDlBUS
QUAS ANTEACTIS .ETATIBUS
SODALES BERULLIANI COLUEKU.NT
INSTAURATIS NOVOQUE CULTU AUCTIS
SUA iiABUiT exordia;
PRIMISQUE COMITUS RITE OBITIS
XV KAL. FEBR. AN.\. MDCCCVl
ANTISriTAM CUNCTIS SUKFRAGIIS
PRiCFEClT SOCIIS U.NIVERSIS
MAGDALENAM ALOÏSIAM SOPMIAM BARAT
AUSTANTE JOSEPHO VARIN B SOCIETATE JESU
DE CCETUS I.NSTITUTIONE
EGREGIE MERITO.
C'est par erreur que l'inscription porte que M™' Bnrnl fut élue supéric»ir>générale il l'uiianimilé, cunclis sulfriujiis.