INTRODUCTION XV
Mais M""^ Barat n'est pas seulement le disciple du Cœur sacré de Jésus, elle en est encore l'apôtre. Sa vie apostolique a un double foyer : un foyer intérieur, la direction de ses filles ; un foyer extérieur, l'éducation des enfants. Or à l'un et à l'autre, l'amour du sacré Cœur est le feu que, comme Jésus, « elle veut allumer, et son unique désir est qu'il embrase tout. »
D'abord l'œuvre intérieure, celle de la formation religieuse de ses filles, n'est que la refonte des âmes dans ce moule divin. Tel est le sujet de ses entretiens et de ses lettres , formant ensemble un corps de doctrine spirituelle, où se cachent, sous la forme la plus familière, les plus hautes leçons. Le sacrifice en fait le fond; car qu'est-ce que la religion, sinon le sacrifice? Mais l'amour allège tout. « Il prête , comme dit saint Bernard , son onction à la croix, et à l'amertume elle-même une douceur surhumaine ^ » De là cette allégresse qui rayonne de la direction de M"^^ Barat; de là aussi dans ses filles cette généreuse aisance à souffrir et à mourir, qui est bien un des plus beaux spectacles de ce livre. Cette grande maîtresse des âmes régit sa Société comme Dieu régit le monde , par l'attraction. Le Cœur de Jésus en est le centre; elle en fait le principe, le modèle, le secours et le prix des commandements qu'elle donne, des vertus qu'elle demande, des sacrifices qu'elle impose. Son autorité n'est que le règne de cet esprit d'amour,
1 « Ecce scitis quia vere crux nostra inuncta est. Sed, ut ita dicam, amaritudo nostra dulcissima. » (S. Bern. Serm. I. de dedical. Ecclesiœ.)
XVI IINTRODUCTION
et sa première règle est la parole du Maître : « Apprenez de moi que je suis humble et doux de cœur. » Moins supérieure que mère, elle obtient l'empire des âmes en les respectant. Et quel respect religieux! Qui eut jamais le toucher moral plus délicat et le commandement plus aimable? Attirés, entraînés « par ces liens de charité » , comme s'exprime le Prophète , les cœurs lui sont conquis. Chacun veut la voir, Tentendre, recevoir une ligne d'elle, un regard, un sourire, une bénédiction; rien ensuite ne coûtera plus. Fortifié, dans la lutte entre la nature et le devoir, par l'ange envoyé de Dieu, il n'y aura plus qu'à prendre de ses mains le calice, en prononçant le Fiat. On montera son calvaire, on s'attachera à sa croix : « car l'amour, dit l'Ecriture, est fort comme la mort. » On sera prêt, s'il le faut, à traverser les mers ; on gravira joyeusement les âpres sentiers de la vie. Maintenant « le joug est doux et le fardeau léger » ; — « Tamour ne marche pas, il vole, » dit le livre de l'Imitation. Tel est l'essor généreux de la conduite spirituelle de ^me Barat, tel est l'esprit de cette doctrine dont on est tenté de dire , d'après le Père Faber : « Je ne prétends pas qu'il soit aisé d'être saint; mais je dis que les saints sont les maîtres les plus faciles, parce qu'ils ressemblent plus à Jésus que les autres hommes*. »
Autre est le spectacle que présente l'apostolat extérieur de M'^® Barat dans la diffusion de son
1 Le Père Faber, Tout pour Jésus, ch. vi, § 4, \>. 17s.