‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 98 sur 223 · SON ESPOIR EN DIEU · texte numérisé non relu

SON ESPOIR EN DIEU

œuvre doit, comme le grain de sénevé, pourrir en terre avant de produire son fruité »

Toujours dans le même espoir, elle écrivit peu après au Père Fontana, supérieur des Barnabites. Non-seulement elle revendiquait pour sa Société ce titre du Sacré-Cœur qu'on allait lui ravir; mais s'élevant plus haut que jamais, elle faisait entrevoir, dans le culte de ce Cœur adorable, le salut de la France : « Notre désir le plus cher est que notre petite Société soit dévouée et consacrée au sacré Cœur de Jésus. Nous voyons de plus en plus combien cette dévotion a d'attraits pour les fidèles. Nous savons combien elle est favorisée par le Saint-Siège et par les évoques d'un très-grand nombre de diocèses. Enfin il y a lieu d'espérer que Sa Majesté Louis XVIII cédera au désir de ses plus fidèles sujets, et qu'accomplissant le vœu de^ Louis XVI, il mettra son royaume sous la protection spéciale du sacré Cœur^ »

Louis XVIII ne le fit pas : d'autres le feront-ils? Et ce dernier souhait de la servante de Dieu, qui, à l'heure présente , est encore celui de tous les vrais catholiques , n'est-il pas un appel auquel il faut répondre?

Nous avons raconté quelle fut la force d'âme de jyjme garât dans la lutte, sa générosité dans la soumission. Il est moins de noire sujet et surtout de notre goût de triompher de son adversaire, en racontant comment ses menées furent découvertes et amenèrent sa ruine. Disons seulement qu'on reconnut, que cette lettre qui avait provoqué tant d'orages et fait de si profondes blessures, cette lettre signée d'un nom italien inconnu , pleine

1 Paris, 26 septembre 1815.

2 Au père Fontana, octobre 181b. Dossier, n. 30,

d'allégations aussi fausses que ce nom, cette lettre était de lui !

Elle tomba d'elle-même. M""" Barat prit cependant la peine de le réfuter, sans se donner le plaisir trop humain de le confondre : elle s'était fait du respect et de la charité une loi si inviolable que, pendant plus de huit ans que dura ce conflit, il n'est pas tombé de sa plume un seul mot d'accusation ou de plainte contre cet homme, dont elle s'est même abstenue de prononcer le nom. Mais ni M. l'abbé Perreau, secrétaire de la grande aumônerie , qui l'avait démasqué, ni M^ de Demandolx, évêque d'Amiens, qui l'avait vu de près, ni M""" de Gramont d'Aster, qui connaissait personnellement notre ambassadeur à Rome, ne se crurent obligés aux mêmes ménagements. M^ de Pressigny rassura la Société sur le fait de l'approbation des Constitutions de la maison de Saint-Denis : « A Rome, écrivit-il, on ne procède pas si vite, et avant d'approuver les congrégations on les éprouve'. » Quant à M. de Saint-Estève, ses patrons le désavouèrent; son frère même, M. de Sambucy, le blâma. Il dut bientôt quitter Rome, abandonnant sa fondation à ses destinées précaires, et il rentra en France , avec le même zèle , mais non avec la même considération. Ce malheureux esprit s'était perdu par ses excès.

Il semble d'ailleurs que Dieu n'ait permis cette crise que pour mettre dans un contraste éclatant et instructif l'esprit de l'homme et le sien : d'un côté l'infatuation présomptueuse de soi-même, de l'autre l'humble dépendance des ordres de la Providence, à laciuolle finalo-

• I.fllro aux vicaires généraux de Poiliers.

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