‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 97 sur 223 · ALARME DU SACRÉ-COEUR · texte numérisé non relu

ALARME DU SACRÉ-COEUR

celui de M. de Saint- Estève. Ce prêtre qui, depuis dix ans, dirigeait la Société, dont il était regardé comme le seul fondateur, en devenait également le supérieur unique. Ni M™® Barat ni ses complices (c'était le terme de cette lettre) ne pouvaient se soustraire à cette juridiction, sans encourir l'excommunication fulminée expressément par le concile de Trente. La seule maison autorisée était celle de Rome, de laquelle relevaient désormais celles de France. D'ailleurs, au cas qu'une d'elles refusât de se soumettre, le Pape avait déclaré qu'il la supprimerait, pour éviter le scandale de la division. Il n'y avait donc plus qu'à donner son adhésion. Pour plus de facilité on pouvait adresser l'acte de cette adhésion à l'auteur de la lettre, qui se faisait fort d'obtenir une réponse favorable de M""^ la supérieure de la maison de Rome. L'honneur de Dieu, le bien de la paix, la gloire de l'Église, même la foi et le salut n'étaient possibles qu'à ce prix^ »

Cette pièce était un véritable arrêt de mort. Ainsi c'en était fait du Sacré-Cœur et de l'œuvre de Tournély! Une autre fondation, un autre fondateur, d'autres règles, un nouveau nom, un esprit différent, un autre supérieur, en un mot, une autre Société se substituait frauduleusement, mais officiellement , à celle que Dieu semblait avoir enfantée par tant de labeurs, soutenue par tant de grâces, éclairée par tant de lumières, consacrée par tant de merveilles 1

En présence d'un pareil acte, les amis de la Société se consultèrent entre eux, et leur avis unanime fut qu'il fallait se soumettre. « Nous nous sommes entretenus

1 Rome, 5 août 1815. . '

avec M. Montaigne, de vous, de votre famille, de votre triste position, écrivit le Père Varin, le 15 septembre 1815, à M""' Barat. Je n'ai pas besoin de vous parler de rintérêt que, lui et moi, nous vous portons. Je ne crois pas qu'après Notre-Seigneur, — le premier de tous vos amis, — vous en puissiez trouver deux plus dévoués, plus disposés à ressentir vos peines et à les adoucir autant qu'il est en eux. L'avis de M. Montaigne est que vous devez retourner à Amiens et déclarer à vos filles que vous ne mettez pas d'opposition à leur adhésion à l'Institut de M. de Saint-Estève. » Il en donnait les raisons, toutes de piété et de charité : Éviter un éclat qui ne serait pas sans scandale, chercher uniquement Dieu et son bon plaisir, ne suivre que son esprit. — « Vous comprenez, ma chère sœur, combien il m'en coûte d'enfoncer moi-même les clous qui vous attachent à la croix. Mais courage! quand on agit selon le cœur de Notre-Seigneur, on se console de tout*. »

M™^ Barat fut alors ce que nous la verrons toute sa vie : une grande chrétienne. Elle se soumit d'abord. Si Rome avait parlé, la cause était jugée; et cet ordre du Sacré-Cœur, ce fils de tant de promesses, devait être immolé sur un signe d'en haut.

Mais Dieu voulait- il détruire définitivement l'œuvre de sa droite? elle ne pouvait le croire; et seule, espérant contre toute espérance, elle écrivit ainsi à M'"" uiraud : « Que le démon se déchaîne contre nous, cela doit être, mais je garde la confiance que la Société du Sacré-Cœur se relèvera de ses cendres, parce que toute

I Li'ttrf aulngr. Paris, 16 seplembro if^l"). Dossier, n. 2;î.

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