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Histoire de Madame Barat

LA RÉVOLUTION ET l'ÉMIGRATION — M'"* BARAT EN SUISSE GIVISIERS , MIDDES ET MONTET

Juillet 1830. — Octobre 1831.

Le bienfait des révolutions. — La fête de sainte Madeleine en 1830. — Pressentiments de M"»' Barat. — Prédiction et exhortation du Père Varin. — Les journées de juillet. — M™= Barat est conduite à Conflans ; ses angoisses, ses périls. — Son retour à Paris. — Visite du Père Varin : Vlta Paler. — Forte instruction de M"'« Barat. — Elle quitte Paris pour la Suisse. — ^éjour à Givisiers. — Le noviciat à Middes. — Troubles en Suisse. — M'"» Barat malade à Genève, à Chambéry, à Aix. — Sa force et sa paix. — Sa visite à Grenoble. — Elle installe ses filles à Montet. — Ses adieu.x, son retour à Paris. — La conduite du Dieu de la croix.

Les révolutions sont la grande école des saints. Elles éclairent, elles épurent, elles détachent de la terre et rattachent au ciel. Aussi, est-ce d'ordinaire aux époques les plus troublées qu'éclatent les plus fortes vertus et que surgissent les plus nobles âmes. Or, cette grâce, — car c'en est une, — ne devait pas manquer de sitôt au Sacré-Cœur. Les secousses politiques qui dorcna-

vant se succèdent, dans l'Europe, à intervalles pressés, sont presque partout autant de déclarations de guerre à cet Institut; et désormais ce ne sera plus que sur un sol incessamment ébranlé, bouleversé, et souvent jonché de ruines, que nous verrons se poursuivre l'œuvre de M"^*' Barat.

L'été de 1830 se présentait plein d'espérances pour le Sacré-Cœur et particulièrement pour la maison de Paris. Cent cinquante jeunes filles remplissaient le pensionnat; on comptait cinquante novices , et quinze à vingt postulantes étaient déjà promises. Le 11 juillet, on chanta un Te Dcmn triomphant, en action de grâces de la prise d'Alger. La fête de sainte Madeleine fut plus splendide que jamais. On était heureux de voir que la condescendance de la mère générale se prêtait pour la première fois à ces hommages de ses enfants : « Ces compliments ne me font plus maintenant aucune peine, disait- elle. Je les renvoie plus haut et je me réjouis de la gloire que vous procurez à celle qui fut la première adoratrice du sacré Cœur de Jésus. »

Toutefois parmi ces chants, au milieu de ces fleurs, ^jme J3arat était triste. On remarqua qu'elle pleurait; M"'" Eugénie de Gramont lui en demandant la cause : « C'est, dit-elle, que je vois ces enfants réunies ici pour la dernière fois. » — Et le lendemain encore, en les regardant jouer : « Où seront-elles dans quelques jours? qu'allons-nous devenir? »

Ce jour-là qui était un jour de grand congé, « un congé" sans cloche, » comme on appelait les fèlcs entièrement chômées, le Père Varin, étant venu, fut conduit dans un réfectoire récemment achevé, où, arrêtant ses regards sur un beau crucifix qu'on venait d'y sus-

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