IMMINENCE DE LA RÉVOLUTION
pendre: « Voyez, dit-il, quelle douceur respire, même sur la croix , le visage de Jésus ! Avec un pareil modèle, que ne serait- on pas capable de faire ou de souffrir? »
Le Père raconta plusieurs traits d'édification. Il s'efforçait d'être gai; mais bientôt revenant à ce qui faisait sa grande préoccupation : « Savez-vous bien, mes filles, dit-il brusquement, qu'il faut vous préparer au tapage qui vous menace? — Et de quel tapage voulezvous parler, mon Père? — D'un effroyable tapage qui se prépare près de vous... » Puis, moitié sérieux, moitié souriant : « Si l'on vous envoyait quelque jour à l'échafaud, que diriez-vous de cela? » Les novices se regardaient. « Eh bien, reprit le Père, si l'on vous annonce du bruit, réjouissez -vous; si vous êtes vous-mêmes menacées de soufî"rir, tressaillez d'allégresse. Si le tumulte du dehors pénètre dans votre demeure, réfugiez-vous dans le Cœur de Jésus, fermez-en bien les portes et restez en paix. Alors moi-même, si je puis, je viendrai vers vous; mais ce sera pour vous dire toujours la même chose : Courage et confiance! joie, dilatation du cœur en Jésus-Christ, toujours! — Mais aurons-nous du moins le temps de prononcer nos vœux? demandèrent quelques-unes. — Oui, » leur répondit-il. Puis, faisant doucement dériver l'entretien sur un autre sujet, il leur raconta le vœu que Tournely avait fait et signé de son sang de vivre et de mourir pour le Sacré- Cœur.
Transportées par cet entretien, les novices s'empressèrent d'aller le rapporter à la mère générale, que l'état de son pied retenait au lit. Elle les félicita de leur ardeur pour le martyre; « ce qui, ajouta-t-elle, ne l'em-
pécherait pas de prendre ses précautions pour les en préservera »
Trois jours après parurent les ordonnances de juillet. ]^|me papQt, fit redoubler de prières autour d'elle. Le surlendemain 27, l'émeute s'organisait au faubourg Saint- Antoine ; les parents venaient reprendre leurs filles pensionnaires, d'autres leur faisaient savoir qu'ils se rendaient à Saint-Cloud, oi^i se trouvait le roi. Le 28, on s'éveillait au bruit du canon. De quel secours pouvait être pour sa communauté une supérieure infirme? Comment, dans cet état, lui serait-il possible de se soustraire au péril? Elle était le premier trésor qu'il fallait sauver. Son Conseil la décida à se laisser conduire au village de Confians, où déjà M"'*' de Gramont, fort souffrante elle-même, avait trouvé asile dans une petite maison de M^ de Quélcn. Là, se trouvait aussi une religieuse aspirante, M"'*^ de Constantin, nièce de l'illustre comte de Maistre , et esprit extrêmement fertile en expédients. Une novice coadjutrice, la sœur Rosalie, fut donnée pour compagne à M"'" Barat. Son neveu Stanislas s'offrit à les conduire; et ce fut sans incidents qu'au bout de quelques heures on parvint au village.
« Il y a, dit lîossuet, une prédestination de lieux et de personnes que Dieu destine à noire bien et à noire bonheur ^ » Confians, terre promise du futur noviciat de la Société, était un de ces lieux bénis. Mais Dieu avait décidé qu'avant de porter cette virginale moisson , ce champ serait arrosé des larmes de M""' Barat.
I JournnI du novicial, 23 juillet.
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