ÉPREUVES DES MAISONS DE PARIS
allaient se prévaloir les ennemis de Dieu*. Par suite de ces rigueurs, les Dames du Sacré-Cœur de Paris et de Gonflans reçurent la défense de recourir dorénavant au ministère des Pères pour la direction, les retraites, etc., et elles se trouvèrent ainsi privées tout à coup des secours spirituels les plus appropriés à leur Institut.
C'était la première fois, depuis la fondation de la Société , que M™° Barat trouvait de telles dispositions dans l'autorité ecclésiastique. « Ces entraves, venant de la part de l'archevêque, m'ont été bien pénibles, note-t-elle dans son journal. On nous ôte les Jésuites pour nos maisons du diocèse de Paris... Que de peines en seront la suite! Dieu les connaît, cela suffit. Ce bon Père nous châtie; croyons qu'il nous aime et qu'il veut nous purifier. » Plusieurs visites et démarches de la mère générale auprès de l'archevêque demeurèrent sans fruit. « Je ne puis vous dire, écrivait -elle le 14 août 1846, à M""" de Rozeville, ce que nous avons à souffrir; mais ne nous plaignons pas, ce serait une lâcheté. Jésus ne reconnaîtra pour ses vraies épouses que celles qui portent ses marques ; et comme nous ne pouvons espérer le martyre, il faut y suppléer par celui de l'âme. Je voudrais que toutes nous comprissions cette vérité. Ce n'est pas assez : il faudrait la goûter, l'aimer, la pratiquer. »
A côté de la question des Ordres religieux, se posait, devant les Chambres et l'opinion publique, la question corrélative de la liberté d'enseignement. On eût voulu l'enlever aux Ordres religieux. Le 1"' de mai 1844,
1 V. sur ce sujet Vie du P. Guidée, ch. ix et x.
M"*" Barat disait à ses novices : « Tenez, aujourd'hui même, on m'écrit que l'Université veut nous renverser. Dans leurs projets impies, les méchants se disent : « Mais « les Dames du Sacré-Cœur nous gêneront. » Ilélas! nous, pauvres petites femmes, auxquelles on n'a pas pensé depuis le commencement du monde! » A quoi elle ajouta en riant : « Mais je ne crains rien du tout; j'ai pour moi les novices du Sacré-Cœur et la sainte Vierge. Vous serez toutes-puissantes, si vous aimez Jésus et Marie. Aimez -les, mes filles, aimez -les à la folie; je vous permets celle-là*. »
Ajoutons enfin que, de l'autre coté des Alpes, on entendait déjà le même frémissement contre le Christ et l'Église. « Je ne saurais vous dire, écrivait M"° Barat, ce que nous avons à souffrir de toutes paris. Continuez donc à prier. Partout on réprouve la Société à cause de son nom : on ne veut pas de nous en Allemagne; on soulève des émeutes à Pise, pour nous empêcher d'y mettre le pied. Vraiment toutes ces menées dénotent la faiblesse des gouvernements qui craignent quelques femmes! Nous sommes bien des croquemitaines! Il y a de quoi rire de pitié, et cepentlanl le démon en tire son profit pour empêcher le bien -. » Et dans une autre lettre sur le même sujet : « Prions pour que l'ennemi de Jésus soit confondu. C'est vraiment son règne et l'heure des ténèbres; on ne peut se faire une idée du débordement des passions et des erreurs en tout Lienre'. »
1 Journal , 1" mai 18A'i.
2 A M'"' Gool.l. Paris, 12 mars 1816.
3 A .M"" (le I.iinminghe. Conllans, 26 avril IS'i»'..