‹ Histoire de Madame BaratChapitre 162 sur 311 · DERNIERS JOURS DU P. VARIN · texte numérisé non relu

DERNIERS JOURS DU P. VARIN

grâce de porter la mienne avec amour. Mais, hélas! ô Jésus, que j'en suis encore loin!... Priez donc beaucoup pour moi. J'ai près de moi une chapelle où. le bon Maître semble nous dire chaque jour qu'il s'y trouve bien. Aussi nous écoutera- 1 -il favorablement, lorsque après- demain, en la fête de sainte Madeleine, j'offrirai le saint sacrifice à votre intention, afin qu'il comble de grâces sa servante si chère ^ »

Le 19 janvier I80O, le vieillard visita encore la maison de Conflans. Il souhaita aux novices une bonne année chrétienne, par ces paroles des anges : « Gloire à Dieu au ciel, paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. » Ce fut le sujet d'une conférence qui se termina par ce mot : Laudate Dominum quoniam bonus! Il se leva ensuite. Il allait franchir le seuil, lorsque, se retournant et revenant sur ses pas : « Mes filles, ajoutat-il , avec un accent nouveau : Toujours courage et confiance*! »

Ce fut son dernier adieu. Au commencement d'avril, on le ramena de Mantes à Paris fort malade , comme nous l'apprennent ces lignes de M""^ Barat : « Nous allons bientôt perdre le bon Père Varin : un saint de moins sur la terre et de plus au ciel". » Elle lui écrivit immédiatement pour lui faire ses adieux et lui demander sa bénédiction. Cette lettre lui fut lue par le Père Renault. Entendant nommer ses filles, il retrouva des forces pour répéter vivement : « Ah ! toutes dans mon cœur! » Et comme la lettre le priait aussi de pardonner, s'il avait eu quelque peine à leur occasion:

1 Vendredi, 20 juillet 18^9. Autogr.

2 Lellres annuelles, 1850-18ol. Conflans, pp. Set 9.

3 A M"" d'Avenas. Paris, 9 avril.

« Non, rien, dit-il; non, j'ai tout oublié. Oh! que Dieu les bénisse, qu'il les bénisse toujours '! » Le 12 avril, l'Extrême- Onction lui fut administrée : « Courage, mon bon Père ! lui dit le Provincial. Encore quelques jours de souffrances et d'épreuves, et ces quatre-vingts ans passés au service du Seigneur vont recevoir leur récompense. Confiance dans Celui que vous avez tant aimé et qui vous aime tant ! » Le vieillard pleurait de joie. Après une crise mortelle, il se plaignit que la moi't l'eût épargné : « La cruelle, disait -il, elle est venue hier, puis elle s'est enfuie me laissant là! » Le vendredi 19, il dit formellement : « C'est aujourd'hui que je mourrai. » Et ces autres paroles : « Puisque c'est aujourd'hui vendredi, je serai bientôt au ciel. » En effet, le matin à six heures trois quarts , il se réveilla au son de la cloche de la communauté, leva la tète, sembla chercher quelqu'un qui l'appelait, puis se rendormit du sommeil de la paix pour l'éternité ^

Une lettre circulaire de M""' Barat apprit à toute sa famille cette immense perte : « Nous avons tout lieu de penser, disait-elle, que, du haut des cieux, ce bon Père veillera sur cette petite Société, qui, après Dieu, lui doit son existence... Priez aussi, mes bonnes mères et mes très-chères filles, pour celle à qui ce vénérable Père avait remis le soin de vos âmes, et dont l'unique désir est de contribuer à vous rendre de dignes épouses du divin Cœur^ »

Deux ans après, parut la Vie du Père Varin, j)ar le

1 LeUro du 1». Rinaull, 13 avril 1850.

2 V. LeUi'C manusr. du frère Morvand, son infirinior, à M"" de Falaiseau. — l'iV du /'. V'urin, ch. xxx, p. 287.

3 Vircul., l. Il, 'ù\' L'Ilre. l'aris, 3<) avril 1KÎJ<».

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