FONDATIONS DANS LA GRANDE-BRETAGNE
plus grande facilité de communication avec la ville de Londres allait permellrc au Sacré-Cœur d'étendre jusque-là le bienfait de son éducation.
En Irlande, Armagh, la ville de saint Patrice, était devenue le boulevard du protestantisme dans celte terre héroïque, celle qui de nos jours a su le mieux combattre, parler et souffrir pour la vérité et pour la liberté. Plus de la moitié d'Armagh était séparée de l'Église romaine. Le premier temple élevé à Jésus- Christ par Tapôlre saint Patrice, était au pouvoir d'un primat protestant , fort puissant , fort riche , tandis que l'évêque catholique, entouré seulement de cinq prêtres zélés , évangélisait un peuple de cinq à six mille âmes, généralement très -pauvre. M*^' GuUen avait connu à Rome la mère générale, il implora son assistance , et l'obtint d'autant plus aisément , qu'elle avait pour l'Irlande la tendresse qu'inspirent les nobles infortunes courageusement supportées : « Mon intérêt pour l'Irlande, écrivait -elle à la supérieure de Roscrea, M""' Élisa Croft, mon attachement pour ces chères fondations, ne saurait s'affaiblir !... Vous y sauverez des âmes , j'en ai la douce confiance, et plus tard , votre grain de sénevé produira un arbre où beaucoup d'âmes trouveront abri et sûreté ! »
En conséquence, la fondation d'Armagh fut accordée; des écoles s'ouvrirent à la fin de l'année 1 Sol, les pauvres y affluèrent; et quels pauvres que ceux d'Irlande! Quels haillons misérables traînaient ces écolières! Il fallait les vêtir, les blanchir, les nourrir. Le jour de la première communion on les habilla à neuf; le jour de saint VincentdePaul, 1852, une distribution devêtcments à l'école excita l'enthousiasme de la population. « C'est mainte-
ii6 HISTOIRE DE MADAME BARAT
nant, disaient les pauvres catholiques, que nous pourrons mourir en paix, nos filles seront plus heureuses que nous, car nous avons à Armagh les servantes de Dieu! » On apportait aux religieuses les enfants à guérir, des objets à bénir. Outre trois cents écolières entassées dans trois chambres semblables à des greniers, le dimanche, plus de quatre cents femmes venaient, quelques-unes de fort loin, entendre l'instruction que leur faisaient les dames du Sacré-Cœur. La présence de Notre -Seigneur leur fut accordée dans une petite chapelle que M"'" Barat voulut elle-même pourvoir d'ornements, d'ostensoir, de chandeliers et de Heurs'. Le Sacré-Cœur y eut aussi sa représentation dans une modeste peinture : on y chantait ses louanges; et les pauvres Irlandais, qui depuis trois cents ans n'avaient vu à Armagli aucun ordre religieux, se croyaient revenus au temps de saint Patrice, alors, est-il rapporté, que « dans ses monastères les chants étaient si beaux que les anges se penchaient sur le bord du ciel pour les écouter ».
Bientôt M^'^Cullen, ayant été transféré de Armagh à Dublin, n'eut rien de plus pressé que d'y attirer le Sacré-Cœur. M'"^ Barat a^ait devancé ses désirs. « Il serait grandement à souhaiter, écrivail-ello à la supérieun; d' Armagh, que le nouvel archevêque voulût vous appeler à Dublin. Vous ne devez rien négliger, ma fille, pour atteindre ce but, car la Société ne fera que végéter en Irlande tant qu'elle ne sera pas établie dans la capitale*. » En conséquence, Dublin reçut une
1 Uttr. anu. 18!j2. Armagh, p. 170.
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