‹ Histoire de Madame BaratChapitre 186 sur 311 · FONDATIONS EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

FONDATIONS EN ALLEMAGNE

Cœur. « Ma chère et bonne mère , écrivit M""® Barat à M""^ de Brou, occupez- vous le plus tôt possible de Warendorf; allez-y, voyez les lieux, entendez-vous avec ces messieurs au sujet des œuvres à y placer; et, pour peu que les choses puissent aller pour le moment, il me semble que nous devons au sacré Cœur de Jésus cet acte d'abnégation, de gêne et de pauvreté ^ »

Au milieu de janvier 1852, deux religieuses de chœur et trois coadjutrices, sous la direction de M'"" de Brou , partirent des deux maisons de Jette et de Blumenthal, pour cette fondation. M"'° Anna de Lommessem fut la première supérieure de l'humble Warendorf. Il grandit en peu de temps : à l'orphelinat, on joignit un pensionnat, puis un noviciat. « Warendorf va bien, disait M™^ Barat aux novices de Kientzheim. Je suis heureuse que nous ayons pris possession de l'Allemagne dans la misère... et dans la vermine, ajoutait-elle plus bas. Orphelines et orphehns étaient venus à l'école couverts de haillons et dévorés d'insectes. Nos sœurs les ont nettoyés, vêtus, civilisés, évangélisés et transformés. Je surabonde de joie en pensant que nos fondations d'Irlande , d'Amérique , de partout , commencent par la même misère et finissent par obtenir les mêmes résultats 2. »

Contentons-nous de mentionner un essai de fondation tenté à Saint-Gall, où, sur la demande de l'évêque, jyjme Barat envoya la mère de Schauenbourg, au printemps de l'année 1852 : « Fonder, écrivait- elle, une petite colonie du Sacré-Cœur dans un pays entouré

1 Paris, 13déc. 1851.

2 Journal de Kientzheim, 2 sept. 18S2, pp. 16 et 17; et Tém. n" 202.

irhérétiques, et où celte divine fournaise d'amour n'esl pas connue, c'est une immense consolation pour moi*. » Les religieuses, cachées dans une maison des faubourgs, sous rhabit séculier, avaient déjà groupé un certain nombre d'élèves; mais dès qu'elles osèrent demander l'autorisation , la foule des radicaux s'ameuta contre elles, on les insulta, on les menaça de les chasser à coups de pierres. L'évèqiie n'eut que le temps de les faire évader; et dans le mois d'août ls52, la petite colonie était de retour à Kientzheim '-. La fondation de Saint- Gall n'avait duré que six mois.

Les vues de M""^ Barat se portèrent vers d'autres points des contrées allemandes. Un moment, elle s'était crue sur le point d'acquérir une magnifique abbaye dans l'île de Meinau, au grand duché de Hade. Mais les merveilles qu'on lui racontait de ce « palais de fées », comme elle s'exprimait, effrayaient son amour de la pauvreté. » Aussi accueillit-elle, sans regret, la nouvelle qu'elle y devait renoncer. « C'était, écrivit-elle, commencer trop en grand et en beau; nous devons être plus modestes, du moins j'ai cru le comprendre. Sans doute, la Providence nous appellera ailleurs; il faut se tenir aux aguets, chercher, car la moisson blanchit dans celte chère Allemagne. En attendant, prions le Saint- Esprit de nous inspirer ce que nous devons faire et entreprendre pour la gloire de son divin Cœur; puis nous agirons d'après ses douces inspirations. Accoutumons-nous à niarcher par ces divins sentiers, ne suivant que la grâce et non la nature. Oh ! que c'est

i A M'- Garnbis. Paris, l;î .ivrii ISW. 2 \(i(i' df la iiii'iv A m Siogrisl.

FONDATION A RIEDENBOURG 4J1

un grand art de ne pas aller trop vite, atin de n'agir que par l'esprit de Dieu ^ ! »

Ce divin esprit l'éclaira dans le choix d'une autre résidence. Dans le Tyrol, tout près de Bregenz, au-dessus du lac de Constance, s'élève, au sommet d'une riante colline, un vieux château féodal, dont les fenêtres gothiques , les ailes flanquées de tours , les épaisses murailles , rappellent l'âge de la chevalerie. On le nomme Rieddnbourg. De grands jardins l'environnent; le lac de Constance, ainsi que le village de Rieden, est à ses pieds , et des fenêtres du château on peut compter sur tous les sommets d'alentour jusqu'à treize bourgades d'où sortent autant de clochers surmontés de leur croix. La vue est plus large encore de la tour centrale : Lindau et la Bavière, les glaciers de la Suisse, le Wurtemberg, le grand duché se découvrent à l'horizon d'un cercle immense que bordent les Alpes tyroliennes. Ainsi placé au centre de plusieurs Etats, Riedenbourg semblait merveilleusement situé pour étendre dans les pays avoisinants le règne du Cœur de Dieu. La Société l'acheta dans le mois de décembre 1853. L'aumônier de Kientzheim, le vénérable M. Pieau, en adressa ainsi ses félicitations à M"*'' Barat : « Bénissons la Providence d'avoir fait échouer nos premiers projets. Riedenbourg, dans le même centre que l'île de Meinau, est cependant mieux situé sous tous les rapports. C'est l'Autriche au lieu du grand duché de Bade; c'est Bregenz, qui, après Naples et Constanlinople, est, dit -on, le plus beau site qu'il y ait en Europe. Enfin, c'est le Tyrol, le pays le plus catho-

i Paris, 14 oct. 1853.

li(iLie de rAllcmagne. Je vous félicite de cette acquisition ; j'en rennercie Dieu avec vous. » Le Sacré-Cœur en prit possession le 18 mars 1854. Le lendemain , fête de saint Joseph, on y célébra la messe pour la première fois.

Cette extension de la famille dans de nouvelles contrées ne parvenait pas cependant à fermer la blessure que la suppression des maison?; d'Italie avait faite au cœur de la mère générale. A défaut du, Piémont qui lui était fermé, M""" Barat désirait pénétrer en Italie par la Lombardie, qui était alors au pouvoir de l'Autriche. Au commencement de janvier 1853, elle fut donc heureuse d'apprendre de M"'*' de Limminghe que la Société était demandée à Milan : « Il y a longtemps que nous le désirions, lui répondit-elle, et cette œuvre si importante devait vous être destinée. Mais, ma plus chère fille, prions le Cœur de Jésus de nous aider, en inspirant de vraies vocations pour notre Société. Oh! qu'elles deviennent rares! Le remède à ces maux est de nous enfoncer de plus en plus dans notre néant, de pratiquer l'humilité, à tort et à travers, de nous retremper dans la pauvreté, et surtout de nous appuyer avec une confiance sans bornes sur Celui qui peut tout, et qui, avec des âmes humbles et abandonnées, opère des miracles. Allez donc en avant, ma chère mère et fille, Jésus sera avec vous '. »

Au milieu de décembre 1853, sept religieuses de Padoue furent amenées à Milan par la mère de Limniinghe. Elle les installa d'abord assez misérablement dans une petite maison, en attendant que bientôt une

> l'aris, '20 janv IKll.

FONDATIONS A MILAN, A PALMA il3

autre habitation permît au Sacré-Cœur de donner à ses œuvres leur développement.

On Va déjà vu , les fondations ne réussissaient pas toutes également; mais toutes attestaient l'esprit évangélique qui les inspirait ; et avec la même soumission à Dieu qu'elle les avait entreprises, M™*" Barat y renonçait, dès que celte volonté divine s'était fait connaître. Surtout, elle n'avait garde de les acheter au prix de concessions qui eussent altéré l'esprit de son Institut. Ainsi, dans ce même temps, de 1852 à 1854, le Sacré-Cœur fut appelé dans la capitale de l'île Majorque, à Palma, où de pieuses personnes ayant pris le nom de Filles de la Pureza di Maria, avaient témoigné le désir de se réunir à la Société. M'"® Granon alla leur donner l'habit, M'"" de Résie leur fut laissée pour supérieure. Mais il est plus facile, comme on le sait, de changer d'habit que d'habitudes. M"'*^ Barat, informée des difficultés que la supérieure rencontrait auprès de ses sœurs espagnoles , s'empressa de lui adresser ses consolations avec ses instructions : « Ma chère de Résie, combien de fois depuis votre établissement j'ai pensé à vos peines, à vos difficultés, devant Notre- Seigneur ! Cependant, comme de loin on craint de ne pas bien saisir la position , je me suis renfermée dans la prière , en attendant que quelques mois d'expérience nous permettent de prononcer sur l'avenir de cette fondation. Jusqu'alors , chère mère et fille, tenez-nous au courant de l'essentiel sur cette famille. Connaissant notre esprit et nos constitutions, pesez au poids de la vérité si ces personnes, maintenant revêtues de notre habit, peuvent prendre aussi aisément les vertus qu'exige notre Société. C'est là l'essentiel : il faut éviter à tout prix de dénaturer

iil HISTOIRE DE MADAME HARAT

notre clier Institut'. » En même temps, elle la mettait dans la paix , le courage et la liberté : « Demeurez dans le calme; priez pour que nous n'agissions que par l'esprit de Jésus! Faites ce que vous pourrez et ce que vous croirez bon pour le plus grand avantage des âmes. Portez votre croix avec courage et résignation. Jésus sera votre récompense : il est si doux de travailler et de souffrir pour son amour-. »

Au commencement de 1854, la mère générale envoya ^jrae Prévost visiter Palma : « C'est à vous que Jésus confie la décision. Je prie, afin que le divin Cœur vous éclaire^. » Finalement, cette décision fut qu'il fallait partir. Quand cette nouvelle fut connue, les familles firent entendre un cri de douleur qui se changea chez plusieurs en un cri de colère. On voulait retenir de force les religieuses françaises. Une ressource leur restait encore pour conserver dans l'ile un établissement : c'était d'élever une école en concurrence avec les Filles de la Pureza. On leur en faisait l'offre; mais la délicatesse de M""** Barat ne l'eiit jamais souffert. Elle rappela ses filles, pour les employer à d'autres fondations.

Nous avons déjà dit de quelle llamme apostolique elle brûlait pour l'Angleterre. Après avoir pris pied dans les villes secondaires des îles Britanniques, ^{me Papal estima (|uc l'heure était venue de se rapprocher des capitales. C'est alors qu'elle transféra l'établissement de Herry-Mead dans une propriété située à Roehamplon, dans le comté de Surrey. Une

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