‹ Histoire de Madame BaratChapitre 204 sur 311 · VISITE A SAINT -PIERRE -LÈS -CALAIS · texte numérisé non relu

VISITE A SAINT -PIERRE -LÈS -CALAIS

pelée à Dieu, ne voulaient perdre ni une minute de sa présence, ni une parole de ses lèvres. Après être allé d'abord saluer Notre-Seigneur, la mère générale vint s'asseoir dans le jardin, et, se tournant vers la mer, elle demanda de quel côté se trouvait l'Angleterre. On lui fit remarquer la ligne blanchâtre qui , s'étendant à l'horizon, marque les côtes de la Grande-Bretagne. Elle s'arrêta un peu à les considérer : « Il y a beaucoup de bien à faire là , dit -elle alors. Mes bonnes filles, je désire m'y rendre l'année prochaine, et si Dieu le permet, vous me reverrez. »

Les fêtes se succédèrent à Saint-Pierre-lès-Calais. On était à la veille de la première communion. Les enfants, venant se placer sur son passage, lui présentaient des fleurs de leurs jardinets, en lui demandant des histoires et sa bénédiction. Les religieuses, de leur côté, écoutaient ses leçons, tantôt assises sur le perron, tantôt à l'ombre d'un frêne, où l'on inscrivit ensuite la date de sa visite , et que l'on transforma en un lieu de prière. On lisait au réfectoire la vie de la bienheureuse Marguerite-Marie ^ c'était souvent le texte des conversations de la mère générale : « Je vous le demande, mes bonnes filles, qu'est-ce que notre ferveur auprès de celle de celte sainte? Vous devez être, dans notre siècle, d'autres Marguerite-Marie, c'est-à-dire apôtres du Sacré-Cœur. » Elle visita les classes pauvres, et décida qu'un ouvroiry serait ajouté. Le dimanche, elle reçut les jeunes congréganistes, prit leur nom afin de les présenter à Marie, et elle leur vanta le bonheur de servir Dieu, en leur commentant ces vers qu'elle aimait :

Le plus grand bonheur de la terre Est dans la paix de la vertu.

iMais ce qui compléta la solennité de ces jours fut l'arrivée à Saint-Pierre de M^' Parisis, qui s'y rendit le 21 , veille de sainte Madeleine. Du plus loin qu'il aperçut la mère générale , l'évêque s'avança vers elle : « Ma mère, lui dit-il, vous voici donc chez nous, au milieu de vos enfants. Que j'en suis donc heureux! » Le lendemain, il célébra la messe de sainte Madeleine pontificalement, et fit, à la suite, une allocution dans laquelle on remarqua cette allusion aux travaux et à la sainteté de M""® Barat : « Si Madeleine la pécheresse devint une si grande sainte, que craignezvous, âmes fidèles? Et comment le salut ne serait-il pas assuré pour celles qui, durant une longue carrière, se sont dévouées sans interruption au service de Dieu? In te. Domine, speravi, non confundar in œternum. »

Le lendemain, 23, M"^ Barat était à Lille. Sa présence fit éclater la môme joie qu'à Saint-Pierre ; sa sainteté y fut aussi l'objet du même culte. On voyait les enfants couper furtivement les pailles de sa chaise et les cordons de ses voiles pour s'en faire des reliques. D'autres faisaient toucher des chapelets à ses vêtements. « Si celle-là n'est pas une sainte, il n'y en a pas sur la terre, » se disaient-elles les unes aux autres, ^jme garât, s'en plaignit à la supérieure : « Je ne vous comprends pas de fausser ainsi l'esprit de vos enfants. » Un prédicateur ayant osé faire son éloge en chaire, elle faillit se fâcher : « Avez-vous entendu les soulllels qu'il me donnait ; » disait-elle ensuite d'une voix pleine de larmes'. Les enfants la consolèrent. Elles avaient représenté, pour sa réception, une sorte

1 Tém. ili- M"" limilio î^lnppaerls , ii. 31; ft <io M"" Tln-ri-se ti'Honol, n. M.

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