LE GOUVERNEMENT DEC SAINTS
extraordinaire; on fondait en larmes en l'entendant. « Ce n'est pas tout, dit-elle, maintenant il faut réparer, et c'est à moi la première à vous donner l'exemple. » Disant cela, elle s'agenouille devant la supérieure, puis devant chacune de ses filles, et leur baise les^ pieds, sans vouloir se relever. L'accord fut rétabli, et Turin redevint un jardin de délices^ .
Tel fut jusqu'à la fin le gouvernement de M"^^ Barat. Tel est le caractère de l'autorité entre les mains des saints. Cette « justesse dans la vie , cette égalité dans les mœurs, cette mesure dans les passions » , que Bossuet appelle « les riches et véritables ornements de la créature raisonnable » , sont les moindres qualités du commandement dans ces êtres transformés par la grâce, dont Vincent de Paul a dit : « Dieu est une communion perpétuelle à l'âme qui fait sa volonté^. » Fidèles à l'exemple de Celui qui, étant seul grand, n'est venu néanmoins sur la terre que pour y faire apparaître la bénignité et l'humanité du Maître revêtu de la forme de l'esclave, ils ignorent la violence, la contrainte, le bruit. On n'entend pas leur voix sur la place publique , ils ne foulent pas aux pieds le roseau déjà brisé , ils n'éteignent pas l'étincelle du lin qui fume encore : ce sont les princes de la paix. « Possédant, est-il écrit, leurs âmes dans la patience, » ils régnent par influence bien plus que par empire, et leur action n'est puissante que parce qu'elle est tranquille. Alors se réalise la promesse évangélique : « Bienheureux sont les doux , car ils posséderont la terre. » Alors commence l'accomplis-
1 Notes de M"'<= de Sordevol, n. 02. Turin, 1836.
- Abelly, Vie de saint Vincent de Paul, liv. VII , ch. v.