SA CLÉMENCE MISÉRICORDIEUSE
ment, l'oubli du passé, l'union dans le cœur de Jésus- Christ : « J'ai tout dit, ma chère mère, maintenant n'y pensons plus. Tout cela est bien loin de moi, je vous assure. Les erreurs de l'esprit, à mes yeux, ne sont rien, lorsqu'on est sûr du cœur. Le vôtre m'est connu; dès lors le mécontentement n'est qu'à la superficie et tout de suite effacée » Une de ses assistantes ayant fait, dans une leltre, une forte correction à une supérieure, M"'® Barat demande la lettre « pour y ajouter quelques lignes seulement ». Ces quelques lignes furent quatre grandes pages d'adoucissement et d'affection : « Vous savez, ma chère fille, combien cette chère mère assistante vous aime, combien elle souhaite de vous aider dans vos travaux. Je suis persuadée que vous apprécierez les motifs qui l'inspirent dans cette réprimande. Je n'en relire rien; j'ai tenu néanmoins à y joindre ces lignes de votre première mère, qui adouciront, j'espère, l'amertume que votre cœur pourrait en ressentir... Allons, ma fille,. prenez courage, je suis contente de votre dévouement; et Notre -Seigneur vous aime, n'en doutez pas^ » On ne dira jamais assez combien était délicat et pieux le toucher des âmes dans ]yjme Barat.
On comprend combien ces leçons, ces conseils, ces corrections, partant chaque jour de Paris pour chacune des maisons de la Société , devaient y apporter de lumière, de force, d'unité religieuse. Seule M""^ Barat s'étonnait de ces fruits, et un jour qu'on lui disait quel heureux changement une de ses lettres avait produit
1 Lyon, 17 juillet 1838.
2 Recueil de docum., n. 56, p. 45.
dans une de ses filles : « La pauvre lettre, Uit-elle, ce n'est pas elle qui a fait cela, elle était si négligée. » — « On Taura changée en route. »
Il fallait sévir parfois. Les moindres déviations à l'esprit de l'Institut la trouvaient inflexible. Un jour, faisant la visite d'une de ses maisons, ses religieuses lui présentent un grand et beau tapis qu'elles avaient brodé de leurs mains, mais au prix de combien d'heures dérobées à des devoirs obligatoires, sacrés! M"'® Barat, qui le savait, parle avec véhémence de la pauvreté et des travaux obscurs chers à Noire-Seigneur; puis, se faisant apporter le malheureux ouvrage : « Mes chères filles, dit-ello, il faut, en conséquence, ou déchirer ce tapis, ou déchirer nos Constitutions. » Alors elle-même commence à le mettre en pièces: « Périsse ainsi, ditelle, tout ce qui nous ferait sortir de l'esprit de notre Société'. »
L'humilité lui inspirait d'autres manières de corriger non moins efficaces; mais plus en harmonie avec le caractère de sa nature et de sa grâce. Visitant une de ses plus chères communautés , — c'était celle de Turin , — M""" Barat y trouve un germe de division entre la supérieure et la maîtresse du pensionnat, dont chacune avait son parti bien tranché. Après avoir d'abord éloigné de la maison la cause princijiale du dissentiment, la mère générale réunit ses religieuses.: « Où sont, leur demanda-t-elle , où sont ces j)romesses si souvent réitérées de faire de cette maison un « jardin de délices »? Comment le bon Maître pouii;ùl-il se complaire parmi les épines de la division?... » l^lle fut d'une véhémence
» Ti'iii. (le M"" Julio (If Uaillcl, n. 117. y. '27.