CONSOMMATION DE LA SAINTETÉ DE M'"^ BARAT SA CHARITÉ UNIVERSELLE
Amour et vénération de M™" Barat pour l'Église de Jésus-Christ; son respect pour les évêques et les prêtres; sa charité fraternelle pour les religieuses. — L'amour de M™« Barat pour les âmes; ses ardeurs croissantes; son zèle pour les pécheurs; conversions qu'elle fait; son zèle pour les âmes du purgatoire; elle assiste la Mère de la Providence. — Amour de M™= Barat pour les pauvres; honneur qu'elle leur rendî assistance qu'elle leur prête; elle donne largement, spontanément, avec persévérance, avec tendresse. — Amour de M""» Barat pour les enfants. — Les réunions et instructions sous le cèdre de la maison mère. — Son amour pour la création inférieure : les animaux et les plantes. — Largeur du cœur des saints. — Les dons surnaturels de M"" Barat. — Sa réputation de sainteté. — Témoignage universel. — Le P. Gratry, M. de Montalembert. — L'amour de Dieu est la beauté de l'âme.
La charité de M""' Barat était universelle. C'était un fleuve qui, des hauteurs sacrées du Cœur de Jésus où il prenait sa source, descendait sur tous les êtres, du plus grand au plus petit , répandant sur son passage rafîection, le bienfait et la bénédiction.
La plus grande œuvre de Dieu en ce monde , c'est l'Église. L'Église était aussi le premier objet de l'affection comme de la religion de M""" Barat. Nous avons déjà vu quelle était, si je puis employer cette expression, sa dévotion pour le Pape. Elle avait pour les évêques une vénération qui s'inspirait de sa vive re-
connaissance. Le grand épiscopat qui avait protégé le berceau du Sacré-Cœur et qui comptait des hommes tels que M^'d'Aviau, W d'Astros, M^ de Beauregard, M*^ Soyer, M'^'Frayssinous, M^ de Quélen, M^ Dubourg, M^ de Rolian, M*^ de Forbin-Janson, avait disparu de la scène du monde. Un des derniers qui restaient, INP'' de Bruillard, évêque de Grenoble, expira au commencement de 1861 au Sacré-Cœur de Montfleury, où il s'était retiré à la fin de sa vie : « Presque un demisiècle de vertus, de travaux et d'édification, écrivait M'"®Barat, ont comblé la mesure et préparé la récompense de ce saint homme, mon premier guide dans les voies de la piété. Nous ne perdons que sa présence; et dans le ciel il priera pour le Sacré-Cœur, qui lui était si cher*. » Tout en suivant de ses regrets cette génération de confesseurs de la foi, la mère fondatrice était heureuse de trouver la même bienveillance chez leurs successeurs; et, dans sa reconnaissance, elle écrivait un jour à M^ Sergent, évoque de Quimper, que « la paternelle protection de Nosseigneurs les évoques était une des consolations les plus senties que le bon Dieu lui avait réservées à la fin de sa longue carrière. »
Mais ce n'était pas seulement de la reconnaissance qu'elle témoignait aux évoques, c'était un culte religieux. Les pontifes de Jésus-Christ revêtaient à ses yeux un prestige sacré. Jusqu'à la fin de sa vie, infirme et ayant de la peine à se mettre à genoux, elle ne voulait pourtant les recevoir (|ue dans celte posture humiliée. Mais le meilleur témoignage de sa vénération était sa dé-
» A M"" E. Jossft. Paris, r. janvier IH-M.
SA VÉNÉIUTION PUUU LES ÉViiyl'ES 61 ri
férence à leurs avis. Cependant M^ l'évêque de Beaiivais rapporte que lui ayant proposé une mesure qu'il croyait utile au Sacré-Cœur de sa ville épiscopale, la vénérable supérieure ne crut pas devoir l'adopter. « Il n'y avait en cela aucune désobéissance de sa part, observe le prélat, puisque je ne prescrivais rien, et que d'ailleurs je n'avais pas le droit de commander. Plus tard , mieux informée, M™^ Barat adopta la mesure proposée, et comme les résultats en furent très-satisfaisants, je profitai de mon premier voyage à Paris pour aller la remercier et la féliciter. « Quelle ne fut pas ma surprise et mon édification quand je vis cette vénérable supérieure infirme se lever péniblement, et se mettre à genoux devant moi pour me demander pardon de n'avoir pas déféré plus tôt à mon avis ! J'étais honteux de voir à mes pieds une sainte femme dont j'aurais volontiers réclamé moi-même la bénédiction. J'eus de la peine à la décider à se relever : « J'ai eu tort, grand tort, ré- « pétait- elle. Je le reconnais trop tard, et c'est pour « moi une preuve nouvelle de la déférence que nous, « pauvres femmes, nous devons avoir pour les dece mandes et avis de Nosseigneurs les évêques^ » Une autre fois, ayant appris qu'une appréhension exprimée sur l'avenir de la maison de Saint- Pierre -lès- Calais avait centriste M^ Parisis, elle n'eut pas de repos qu'elle ne lui eût demandé de lui pardonner ^ : « C'est pour moi une épine, disait-elle à sa secrétaire, de blesser n'importe qui, à plus forte raison un prélat si respectable, presque Père de l'Église. » — Elle lui écrivit : « Je ne me consolerais pas que cette chère fonda-
1 Lettre de M^r de Beau vais, 21 avril 1870.
lion devînt pour Votre Grandeur une occasion de douter de ma reconnaissance. Je la conjure donc, au nom du Cœur si miséricordieux de Jésus, d'oublier ce qui a pu involontairement de ma part blesser son cœur, et je la supplie de me donner, par quelques lignes de sa main, l'assurance d'un pardon que je réclame et que j'implore*. »
La foi de M"" Barat voyait Dieu même dans ses prêtres; elle demandait à ses filles de ne considérer que Lui dans leurs directeurs , sans acception de personne : « Voyez Marie-Madeleine au tombeau de Jésus-Christ , elle ne s'occupe pas des anges, elle n'a en vue que son Maître. Ce m'est une consolation que, dans notre Société, on ne court pas après les directeurs-. » Entre tant d'aumôniers d'un mérite distingué qu'elle rencontrait dans ses maisons , les plus humbles n'étaient pas ceux qu'elle honorait le moins. A la maison d'Orléans était un bon vieillard , ancien curé de campagne , très- modeste, très-simj)le, très- profondément pieux, nonmié M. Stérenne. Un jour M™*" Barat, qui savait sa grande vertu, étant venue le saluer dans la sacristie, se mit à genoux devant lui, le priant de la bénir. — « Mais... mais... mais..., dit le vieillard, qu'est-ce que cela ! est-ce possible? une sainte pareille qui demande la bénédiction à un pécheur comme moi. C'est bien plutôt à moi de demander la vôtre! » Disant cela, luimrmc s'agenouille, et les voilà tou."^ les deux en face l'un de l'autre, se conjurant réciproquement de se bénir. Aucun ne voulant céder, ils s'accordèrent pour
< Taris, 28 sefileinlirc I8<>.'».
2 T<5iii. (1<! M"" Clcnicncc Marie. Doc. ii. JKl.