SON RESPECT POUR LES PRÊTRES
prier ensemble Notre -Seigneur de leur donner à tous deux sa bénédiction ^
M"" Barat aimait Jésus-Christ dans ses épouses, de quelque ordre qu'elles fussent. Les Carmélites, les filles de Saint- Vincent-de-Paul, les Petites Sœurs des pauvres, les Visitandines, étaient pour elle des sœurs. En 1847 elle avait signé avec la Visitation de Paray-le-Monial un acte de société de prières et de bonnes œuvres. Jamais son large esprit ne put prendre le moindre ombrage des succès obtenus par d'autres religieuses : « Faisons ce que nous pouvons, écrivait-elle à ce sujet; méritons ainsi que Dieu bénisse nos travaux; puis réjouissonsnous de voir prospérer celles qui travaillent comme nous pour le même Maître. » Une congrégation née en Italie ayant pris le même nom et presque les mêmes statuts que le Sacré-Cœur, M""^ Barat répondit à celles qui s'en plaignaient : « Si elles font mieux que nous, le Cœur de Jésus en aura plus de gloire. Il est assez large pour que plusieurs familles y tiennent très à l'aise. » Elle ne fit pas difficulté de communiquer à M^ Reisach les règles de son ordre pour qu'il en fondât un sur le même modèle. « Si la gloire de Dieu y est intéressée, nous ne devons pas refuser; seulement, observait-elle, il ne sera pas facile de prendre l'esprit de cet admirable livre. C'est dans cette citadelle qu'il faut nous renfermera » Elle disait encore : « Qu'on nous laisse l'humilité, et qu'on prenne tout le reste. »
Pénétrée de cette fraternelle charité dans le Christ, jyjme gapat , non -seulement vénérait toutes les religieuses, mais elle saisissait toutes les occasions de les
i Téra. de M'»' Kolb. Doc. n. 1.
2 A M'"" de Limminghe. Paris, 31 mars 1847.
obliger. A la fin de 1840, des religieuses françaises étant venues à Rome pour diriges une école fondée par la princesse Borghèse , M'"" Barat s'ofirit à les recevoir dans sa maison de Sainte -Rufine, afin de les initier à la langue et aux usages du peuple italien. Elles y passèrent, en effet, une partie de l'hiver dans une fraternelle union avec le Sacré-Cœur. En 186:^, le Conseil de l'œuvre des Écoles d'Orient ayant imploré son assistance en faveur de religieuses missionnaires établies en Syrie , sous le nom de sœurs du Sacré-Cœur, la mère générale intéressa à cette œuvre ses maisons d'Europe et môme d'Amérique, et il y eut ainsi soixantecinq sonirs arabes entretenues par ses soins. « Une de mes joies, disait-elle, eût été d'envoyer une colonie des nôtres pour évangéliser le berceau de notre foi : ces bonnes sœurs en Jésus- Christ nous y remplaceront avantageusement. »
Son amour pour les âmes semblait redoubler d'ardeur à la Un de sa vie : c'était le Sido de Jésus expirant : (c La nuit arriv^e à grande vitesse, disait une de ses lettres à M"'° de Brou, alors nous ne pourrons plus ni travailler, ni mériter, ni sauver des âmes; c'est ce que je regretterais le plus, si cela était permis quand le Maître appelle*. » Et dans une autre lettre : « Etre apôtre, être sauveur, c'est le seul contentement (jui puisse nous attacher à la vie. » Les missions d'Amérique l'enthousiasmaient. Elle écrivait à M""' Évelina Lévèque : « Un me défend fiuehpiofois d'agiter ma i^lume en écrivant; mais impossible de m'arièler (juand je traite de cet article : missions étrangères, mon premier attrait! »
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SUPRÊMES ARDEUKS DE SOxN ZÈLE 619
D'autres fois, elle eût voulu aller visiter encore ses familles religieuses les plus éloignées, surtout les plus pauvres , comme celles d'Irlande , et on l'entendait dire: « Je m'embarquerais tout de suite, si je valais le port. »
Après cela, est -il besoin de rappeler son amour pour l'âme des pécheurs? Un récent auteur spirituel a écrit : « Il y a dans le monde une foule de cœurs qui sont à Dieu comme de durs métaux. Pour qu'il les fonde il lui faut des fournaises. Soyez-lui ces fournaises ^ » jyjme garât était une de ces fournaises d'amour. Une de ses filles raconte qu'elle avait toujours « sur le tapis » , comme elle disait, certains pécheurs insignes. Deux, entre autres, le czar Nicolas et l'abbé de Lamennais, l'occupèrent longtemps; et il était convenu avec Jésus- Christ qu'à chaque fois qu'elle baiserait un petit crucifix de bois pendu à sa ceinture, cela voudrait dire : « Par les mérites infinis de votre Passion, Seigneur Jésus, convertissez vos deuxpauvres serviteurs, Nicolas et Lamennais. La mort impénitente de celui-ci lui arracha des cris de douleur: «Ah! mes filles, disait-elle, si j'avais quelque crédit auprès du Cœur de Jésus, est-ce que ce malheureux serait mort comme cela^? »
Les princes régnanls, empereurs, rois, ministres, grands fonctionnaires avaient une part principale dans ses prières. Que n'inventait pas le génie de son zèle pour leur obtenir l'assistance des Cœurs de Jésus et de Marie ! Nous ne pouvons tout dire en ces choses si personnelles; nous mentionnerons du moins sa pieuse sollicitude dans la dernière maladie du prince de Canino
1 M. l'abbé Gay, De la vie el des' vertus chrétiennes , t. 111 , p. 323.
2 Souvenirs, par M"" Pauline Perdrau, p. 99,
Bonaparte, en 18u7. S'adressant aussitôt à la sœur du prince, M™" Constance Bonaparte, religieuse de son Ordre, elle lui écrivit : « Dans le danger pressant où le prince est de perdre son âme, il faut faire l'impossible pour l'arracher à une éternité malheureuse ^ » Elle pressa, sollicita, implora ceux que son zèle croyait les plus capables d'aborder le malade. « Espérons, dit sa sœur, que cette âme est une de celles qu'auront sauvées les prières et le zèle de M'"* Barat. »
Elle-même était apôtre en toute occasion; personne ne possédait mieux l'art de faire arriver à l'âme de ses visiteurs le rayon de la grâce. On le savait si bien que parfois, l'interrompant dès les premiers mots, quelquesuns disaient : « Ah ! madame, s'il vous plait, ne parlons pas de cela encore aujourd'hui. Je penserai à mon âme : je vous le promets! » Prenant acte de cette promesse, elle n'abandonnait pas le siège que la place ne se fût rendue à Jésus-Uhrist-. Son médecin, homme d'ailleurs excellent, avait oublié ses devoirs religieux: M'"® Barat attendait avec prudence , saisissait avec tact toutes les occasions de le ramener à Dieu. Peu de temps avant sa mort, elle eut avec lui un entretien, seule à seul, pcndanttrois quarts d'heure. Que se passa-t-il dans cette entrevue? Personne ne le sait. Mais au sortir de là le docteur était hors de lui : « Quelle femme! « disait- il, cherchant à cacher les larmes que l'on sentait dans sa voix. En vain voulut-on lui parler de ses malades, il n'entendait ri<Mi : « (jnrllt» femme! » répétn-l-il chMinu-
' \ . Lellr. de M"" Coiislance lUnuiiail' . 7 msrs 1870. — II. M-»» liarnt à M"* d'Avcnas, 20 juin ISTO.
■•* I\'in. d<> la xiMir I.uiiisi: Houv.l , n. .m» f>i*.
CONVERSION DES PÉCHliUHS H21
veau , et il partit. Quelque temps après on apprit que le docteur avait communié^
« Un jeune protestant avait épousé une de nos élèves, raconte une religieuse. Il venait de lui naître un fils; et, selon des conventions que l'Eglise ne ratifie pas, le pauvre enfant devait être de la religion de son père. Notre mère, l'apprenant, fait venir celui-ci, qui la visitait souvent, et qui, plein de vénération pour elle, avait l'habitude de l'appeler « ma mère! » — » Eh bien, « si je suis votre mère, lui dit M""^ Barat en l'arrêtant « à ce mot, je veux que mon petit-fîls soit catholique. » Le père n'eut qu'à obéir. Le lendemain lui-même s'en fut prier le nonce du pape, M^" Sacconi, de baptiser son enfant et de venir dîner chez lui. « .Je ne puis rien refuse ser à M"'® Barat, disait-il, tant cette sainte femme a « d'empire sur moi. » La vénérable mère écrivit qu'on lui apportât le nouveau-né : elle voulait le bénir-. »
Les lettres de la sainte mère n'avaient pas moins de puissance que sa conversation. Un neveu de M"''' Barat, après avoir passé une quinzaine d'années dans l'administration des hôpitaux militaires en Afrique, fut nommé directeur de celui d'Ajaccio, oià il arriva déjà en proie à une phthisie qui ne laissa bientôt plus d'espoir de guérison. Il était devenu incrédule, irréligieux; il riait des choses de Dieu, il fuyait l'aumônier et se plaignait hautement de ses assiduités. Heureusement, un jour celui-ci lui parla de M'"'' Barat. Le militaire n'avait eu que peu de rapports avec elle , mais il l'avait assez connue pour la vénérer. « Ma tante est une sainte, » dit-il avec enthousiasme; et après en avoir cité plu-
1 Tém. de M""^ 0. Truchol, n. 80.
2 Tém. de M"'"= Evelina Lévèque, n. 91.
sieurs preuves : « Voyez ce beau crucifix suspendu à la muraille, ajoula-t-il, c'est Pie IX qui le lui a donné; et elle me l'a envoyé quand j'étais en Afrique. » Le prêtre s'empressa d'informer M""® Barat de l'état de son neveu , pour qu'elle lui écrivît immédiatement. « Je regrette de ne pas avoir pris copie de sa réponse, témoigne l'aumônier, M. le chanoine Spinosi, tant ce chef-d'œuvre de tendresse, d'onction, de zèle, de prudence et de persuasion était admirablement approprié au caractère et aux besoins du malade. C'était un missionnaire, un apôtre qui parlait, et ce langage si nouveau pour le cœur du soldat eut aussitôt son effet. Couché sur son lit de douleur, il lisait et relisait à voix haute cette lettre si chère, si encourageante, m'invitant à l'entendre et à lui en redire mon admiration. »
Après une soirée de réflexions et de luttes, le lendemain le malade n'eut pas plutôt aperçu le prêtre, qu'il lui dit : « Monsieur l'aumônier, je veux me confesser...» L'évêque auxiliaire, AF"' Sarrebayrouze, vint célébrer la messe. Quand, après quelques paroles adressées au mourant , le prélat lui demanda : < Maintenant , désirez-vous recevoir les sacrements de l'Église?— Oui, Monseigneur, je le désire, et j'ensuis très -heureux, bien que j'en sois indigne. » 11 reçut en même temps la Confirmation et ri-lxtrème-Onction avec une piété qui arrachait les larmes do l'assistance, qui était nombreuse. C'est ainsi qu'il mourut, plein de reconnaissance pour celle qui avait rouvert son cœur à la lumière et à la miséricorde de Dieu'. «■ Ah ! quelle grâce, mes filles, disait M"'^ liaral. lorscpie Dieu nous
l I,.llr.' il.- M. I.' rhaiioiii.' r-|iiii«i>>i.
CONVëRSIOX D'UN DE SES NEVEUX 623
envoie des âmes à sauver. Si j'étais sûre d'en avoir sauvé une seule ! »
On lit dans une des lettres de M""® Barat : « Si on pouvait aller chercher les pauvres pécheurs jusque dans les profondeurs de leur ténébreuse prison , là encore on nous verrait tenter de les délivrer. » Du moins s'intéressait-elle à la rédemption des âmes du Purgatoire. La fondatrice d'un ordre consacré à cette œuvre fut spécialement redevable à M'"^ Barat. En 1836, le dimanche 27 janvier, la mère générale disait aux Probanistes : « J'ai reçu cette semaine la visite d'une personne à qui Notre-Seigneur a inspiré la pensée de fonder un ordre entièrement consacré aux âmes du Purgatoire. Ah! mes bonnes filles, celle-là est une âme ardente !... Elle m'a dit qu'elle avait déjà tant de postulantes, et elle m'a demandé : Comment ferai-je pour les former à la vie religieuse? Je l'ai alors adressée à un ecclésiastique digne de sa confiance, et qui l'a secondée depuis^ » Cette personne de zèle était M"° Eugénie Smet, ancienne pensionnaire de Lille, qui fut, en effet, sous le nom de mère de la Providence, la première supérieure des sœurs auxiliatrices vouées au soin des malades et au soulagement de l'Eglise souffrante. M™° Barat devint son conseil ordinaire , et ne cessa de prêter le plus obligeant secours à la Société naissante, dont la devise « inier, agir, souffrir pour les âmes du Purgatoire », était si conforme à l'esprit de charité de la servante de Dieu.
Elle-même avait, semble-t-il, des lumières spéciales sur le rachat et le salut de ces âmes captives. M™" la
1 Journal de 1855-1856, 27 janv., pp. 59 el 60.
maréchale de Saint-Arnaud raconte qu'après la mort si chrétienne du maréchal, elle alla demander à la mère Baral de lui obtenir de Dieu l'assurance que son mari était sauve et heureux. « La sainte mère, dit-elle, me répondit simplement qu'elle connaissait une âme trèsprivilégiée qui obtenait de Dieu, dans des communications intimes et toutes surnaturelles, la révélation de bien des choses, et elle ajouta : « Je tâcherai que cette « âme ait connaissance du sort de celui que vous pleu- « rez... » Puis son humilité la faisant changer d'avis : « Toute réflexion faite, il no faut pas tenter Dieu, mon « enfant, me dit-elle, je ne demanderai pas la lumière « que votre cœur réclame; mais confiez-vous simplement « à la bonté divine. J'ai confiance, pour ma part, que « votre excellent mari est avec le Seigneur. S'il est en « purgatoire, nous prierons pour lui. » Je compris la sagesse de cette réflexion, ajoute la maréchale, et n'insistai pas. Mais je restai sous l'impression que la personne privilégiée dont il venait d'être question n'était autre que cette sainte mère'. »
La chariti^ de M'"" Rarat ne s'arrêtait pas aux âmes. Les membres soulïrants de l'homme , ou plutôt les membres soufTranls de Jésus- Christ étaient pour elle l'objet d'un respect, d'une compassion, d'une tendresse divines.
Elle avait le pauvre en honneur, le préférant à tout, même à la société des plus nobles personnages. Une personne de distinction l'ayant fait demander pendant qu'elh' était en adoration, elle se fit excuser; mais un
• I-i'ltrc (lo M"" la manVIinlo do Sninl-Arnnnd. nt'e do Trazi'gnios.
Arr.irlinii, !'• iiini> isTii