SON CHOIX DES POSTULANTES 1S
loin de nous les âmes petites, rétrécies, qui ne cherchent que leurs intérêts ! De pareils éléments entraveraient plutôt l'œuvre du Seigneur^ »
j^rae garât avait le plus souverain respect pour les vocations. La vocation, comme son nom le dit, est un appel de Dieu. C'est une grâce qui doit fructifier sur la terre, mais dont la semence descend du ciel; l'homme ne doit y apporter qu'une main délicate , une culture discrète. En conséquence, la seule manière dont ^me Bapat permît à ses religieuses d'inspirer autour d'elles l'attrait pour le Sacré-Cœur, était leur propre exemple et le spectacle de leur bonheur au service de Jésus-Christ. Hors de là, elle défendait prudemment à ses filles de faire aucune avance ou insinuation à leurs pensionnaires ; comme elle l'écrivait à une supérieure : « Vous parlez trop de vocation. Du moins, vous y portez indirectement. Ceci est chez vous un ancien défaut : faites-y attention ^ »
Le premier accueil fait aux postulantes devait répondre à ces règles de prudence discrète. « Si des âmes se croyant appelées à la vie religieuse viennent s'offrir à nous, écrivait encore la mère générale, recevez -les avec ouverture de cœur, mais sans faire trop àe frais , car nous devons laisser le choix à Dieu^ »
Elle-même était un modèle de cette ouverture et de cette discrétion. Elle accueillait ces enfants bonnement, simplement, surtout cordialement; et combien ont attesté qu'en voyant son sourire, ou sentant ses
1 ^ Mme Eui^ de Bouchaud. Rome, 7 janvier 1840.
2 A M"' de la Croix. Rome, 28 mars 1842.
3 A M™<= de Kérouarlz. Paris, la cet. 1854.
deux mains reposer sUr leur tête, elles avaient compris, dans une lumière manifeste, qu'elles étaient dorénavant au Sacré-Cœur, et à jamais. Combien ont cru entendre, dans sa première parole, la réponse à tous leurs doutes, le dernier mot de leur destinée! Mais d'autre part, que de réserve pour ne pas faire violence à l'action de Dieu ! Que de précautions, que de sages lenteurs, et, souvent, que de prudentes éliminations!
Nous avons plusieurs lettres de M"^ Barat à des postulantes : elles sont toutes dictées par cet esprit de respect et de circonspection. Par exemple, une jeune fille, pressée pour un mariage, refuse, en alléguant son désir de se faire religieuse , afin de sauver son âme. M"'® Barat lui répond : « Vous ne devez pas refuser le parti qu'on vous propose , si vous n'avez que la crainte de risquer votre salut. Il faut d'autres raisons qui tiennent au for de la conscience. Je crains, ma chère Marie, que les discours plus qu'imprudents que l'on vous a tenus sur le mariage, ne vous en aient donné des idées fausses et des appréhensions exagérées. On peut, dans cet état, se sauver, se sanctifier. Que de saintes mariées l'Église présente à notre culte ' ! » Conmiè conclusion pratique, elle conseillait ordinairement de faire une sérieuse retraite, ou du moins de recourir à une prière fidèle, en se tenant dans une généreuse indifl'érence pour l'acceptation de la volonté de Dieu.
Ce même respect des voies divines lui faisait, bien .souvent, décider des vocations pour des Congrégations autres que le Sacré-Cœur. Une de ses filles lui ayant
I A M"« M. Taillandier, 15, 10 et 21 juin l«;2.