LE PÈRE DE R.WIGNAN
tandis que les nôtres ne sont rien. Et encore, nous croyons avoir tout fait, et nous voulons déjà nous reposer sur nos lauriers ^ »
Le Père de Ravignan commença pourles religieuses de la maison mère, le 8 février 1839, une suite d'instructions qu'il continua chaque semaine, durant tout le carême. Ceux qui n'orît entendu que ses discours solennels ne peuvent avoir l'idée de ce qu'était la vertu de sa parole intime, quand tout art disparaissait, pour laisser sa grande religion s'épancher librement dans des âmes que l'habitude des choses de Dieu avait préparées à tout comprendre. Il préconisa l'oraison, comme étant la vie des anges, des saints et de Jésus même ; le remède, la liberté, la lumière, la paix et le bonheur des âmes. Il célébra la croix comme étant « l'accomplissement de la volonté du Père, la gloire du Fils de Dieu, le triomphe de son Esprit, la force de l'Eglise, la gloire des Apôtres, le rempart de la sainteté, la lumière du monde ^ » — «Ah! disait-il, ici, dans la retraite, loin du siècle, vous ne savez pas, mes sœurs, ce qui se passe dans ce chaos de fange et de ténèbres. Vous n'avez pas comme nous à combattre avec les âmes! Mais vous pouvez souffrir, cela console de tout ^ » Enfin, parlant un jour sur le devoir et le bonheur d'appartenir à Dieu : « Tenez, mes sœurs, il faut que je vous l'avoue , quand je me vois à Notre-Dame, entouré d'une foule de six à sept mille hommes de toute condition, je me demande à moimême : Y a-t-il dans tout ce monde un cœur heu reux, un seul? Et alors, me regardant moi-même
1 Rome, 8 mars 1839.
2 C'est un texte de saint Jean Chrysostome [De Cœmcl. cl crucc).
3 Journal, 23 fév. 1839.
dans cette chaire, revêtu des livrées de Notre-Seigneur Jésus-Christ, je tressaille de reconnaissance, parce que je suis religieux, parce que je suis heureux, et qu'au sein de ce flux et reflux de passions qui s'agitent autour de moi, je me sens tranquille et abrité dans le port^ »
Cependant, au cominencement de cette année 1839, ]yjme garât fonda, par l'intermédiaire de M"'^ Prévost, une maison à Toulouse, où l'appelait depuis longtemps ]\F' d'Astros, et où elle envoya comme supérieure la mère Agarithe de Varax, âme consumée de l'amour du Dieu de la pauvreté. « Nous mettons à Toulouse, disait la mère générale, un petit grain de sénevé du Sacré- Cœur, pour ne pas perdre cette terre qui, dit-on, est capable de produire cent pour un^ »
Cela fait, M""^ Barat annonça à ses filles qu'elle allait partir, sans dire pour quel lieu. Le mardi, 26 février, toutes ayant communié, elle les bénit. L'office sonna, on se sépara, la voiture partit.
L'absence allait être longue , douloureuse surtout. De longtemps, M'"^ Barat n'allait retrouver celte paix , cette union, ce bonheur. La loi que Notre- Seigneur a posée pour son Église , en prononçant VOporIct hœreses esse, doit s'accomplir pareillement pour toute Société religieuse; et plus cette Société devient grande et forte, plus, semble-t-il, il lui faut, comme à l'Océan, de ces tempêtes qui l'épurent en la bouleversant. « Celui qui n'a pas connu l'épreuve que «sait-il? » demande le Saint-Esprit. M""' Barat allait en connaître une plus forte que celle traversée déjà de 1811 à 1810, durant la crise
I .Inurii.il i.\, ii mars 183'.t, p. 1:{'2. ■■i A l.i m«To (îrosior, 23 ocl. 1838.