‹ Histoire de Madame BaratChapitre 81 sur 311 · LA VIEILLESSE DU PÈRE VARIN · texte numérisé non relu

LA VIEILLESSE DU PÈRE VARIN

ce je ne sais quoi de plus débonnaire qui fait le carac- , 1ère de la sainteté et de la paternité , dans leur période suprême. Il prêchait souvent, et avec quelle vie! Mais à la prédication il préférait les simples entretiens de famille. Qu'on l'attendît au non, il arrivait, on l'entourait; on le faisait asseoir. Après son salut habituel : « Que Dieu est bon ! » l'entretien s'engageait , interrompu, repris, animé par les répliques de M""® Barat, soutenu par l'attention de la communauté, accueilli parfois par de légères exclamations ou de respectueux sourires ; semé d'histoires , changeant de ton , passant sans effort de l'enjouement à la gravité, mais s'inspirant toujours de l'unique passion de son cœur: l'amour de Dieu.

Comme saint Jean , le vieillard recommandait à ses filles de s'aimer beaucoup entre elles, et d'aimer beaucoup leur mère, mais de l'aimer en Jésus-Christ. « Les lèvres diront Ma mère , leur expliquait - il ; mais le cœur dira Jésus ! La terre entendra Ma mère ; mais le ciel entendra Jésus ! » Il leur recommandait de suivre la voie commune et de se mettre en garde contre les voies extraordinaires qu'il appelait l'illusion de la vie religieuse : « Pour mon compte, disait-il, je les redoute tant, que je suis tenté d'ajouter aux litanies : Du don des miracles, préservez -moi. Seigneur. » Même simplicité dans les rapports avec Dieu. L'amour qu'il estimait, c'était l'amour ingénu et confiant de l'enfant dans les bras de son père. « Si vous êtes dans ses bras, vous serez sur son cœur, » répétait-il aux novices. Un jour il leur dit des choses admirables sur les diverses manières dont Jésus est à nous : « Je me suis donné parfois Le plaisir, expliqua-t-il , de rechercher de

combien de sortes Jésus m'appartenait, et je me suis convaincu qu'il n'y a rien au monde dont je sois autant propriétaire que de Jésus. » Et dans une autre discours, interprétant le texte où saint Paul parle de la largeur, de la longueur, de la hauteur, de la profondeur de la charité de Jésus -Christ, il ajouta : « La mesure de notre amour pour Dieu sera, s'il est possible, celle de l'amour de Dieu pour nous, sur toutes ses dimensions. Par sa largeur d'abord, elle embrassera tous les lieux, s'étendant à toutes les missions que vous recevrez, fûtce pour aller chez les sauvages. Par sa lungueur, elle se prolongera, sans interruption, sans lacune, même d'une seule heure, jusqu'à l'éternité. Par sa hauteur, elle s'élèvera jusqu'au sommet de la croix. Par sa jj/*ofondeur enfin , elle plongera dans les abîmes de l'humilité et de l'anéantissement; car aimer, c'est n'être plus rien pour que Jésus soit tout'. »

Le second apôlre du Sacré-Cœur, était le Père de Ravjgnan. ]\1"'° Barat, qui voyait vieillir le Père Varin, se réjouissait de procurer à ses communautés, autant qu'elle le pouvait, les leçons de ce saint prêtre ; et tandis que la France saluait en lui un prédicateur éloquent, la servante de Dieu le désignait au noviciat comme un maître consommé dans les voies spirituelles : « Il connaît si bien ce sentier! écrivait-elle précédemment à la mère de Bouchaud. Quel religieux dès son début ! Vous i)ouvez le proposer comme modèle à vos novices. Dans le monde, il eût marché sur les traces des Berryer, et comme il s'est fait néant ! Voilà de vrais sacrilices,

1 V. Journaux ilii noviciat, 183l>-183t). — Cali. iv, p. |n:t, III, l"'i. — El 183H, cah. i.\, p. 10.

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