CHAPITRE PREMIER
LE CONSEIL GENERAL DE ROME — LES DECRETS , L OPPOSITION qu'ils SOULÈVENT — DOUCEUR DE M™® BARAT
De mars 1839 à septembre 1840.
Le perfectionnement des constitutions. — Question de la résidence à Rome. — M""=Barat à Montet. — Elle prépare la fondation deKientzheim.
— Elle guérit une enfant à Turin. — M™= Barat à Rome ; elle y appelle le conseil général. — Dispositions des conseillères. — Refonte des constitutions. — Fixation de la maison mère et de la supérieure à Rome.
— Plaintes et réclamations. — Le P. Varin réclame pour le Sacré-Cœur.
— Protestation de M&^ de Quélen et des évoques. — Opposition de la maison de Paris. — L'affection filiale des opposantes. — . Silence de Rome. — Condescendance, douceur et magnanimité de M'"« Barat. — Douleur que lui a pporte cette crise. — Elle accorde l'essai temporaire des décrets. — Mort de Me^ de Quélen. — Prière et vie cachée de Mme Barat à la Villa-Lante.— Elle part pour la France. — Fondation et visite de Lorette. — Elle assiste à Pignerol la sœur Elisabeth expirante.
— Elle traverse Parme: M™'= Barat bergère. — Arrivée à Paris. — La douceur est une force.
Il y avait vingt-trois ans que le Conseil général de 1816 avait fixé la constitution de la Société, et l'expérience n'avait fait que confirmer la sagesse de ses près-
criptions. Seulement, au lieu que TOrdre ne possédait alors que six établissements, il en comptait quarante en 1839. Cette extension croissante faisait sentir le besoin d'apporter quelque modification dans son gouvernement, dont le poids, retombant presque tout entier sur la supérieure générale, menaçait de l'écraser sous un travail surhumain. Quelques autres points de la règle semblaient également appeler des perfectionnements jugés indispensables. Mais, en somme, ils ne portaient que sur des dispositions d'ordre secondaire, en laissant subsister, dans son intégrité, le fond de l'Institut qui devait rester inaliénable , parce qu'il répondait à une pensée de Dieu.
Plusieurs esprits s'y trompaient et voulaient davantage. Le zèle de ce qu'ils croyaient être la perfection leur faisait désirer la refonte de tout l'Institut dans le moule des constitutions de la Compagnie de Jésus. j^jine Barat avait sur la nécessité, la sagesse et le succès d'une telle transformation les plus justes défiances : « On croit, écrivait-elle, que les femmes peuvent être -gouvernées comme les hommes : l'avenir montrera si cela est possible. » C'était aussi l'appréhension des plus saints personnages. Le cardinal Odescalchi , alors Vicaire de Rome, avait dit à M""* Armande de Causans, dès 1836 : « Prenez-y garde! le mieux est l'ennemi du bien. Le premier jet des fondateurs porte le sceau de l'esprit de Dieu : on n'y touche pas sans danger. »
La plus grave conséquence que devait amener celle refonte était la translation de la résidence ordinaire de la supérieure et du siège général de la Société dans la ville i\ii Rome. On ne manquait pas d'en produire des motifs plausibles. Incessamment secoué, depuis 1830,