PROJETS DE TRANSFORMATIONS
par la révolution, Paris était alors un séjour peu sûr, et les alarmes qu'éveillait l'approche de l'an 40 en faisaient fuir beaucoup de monde. En outre, tout ce qui en venait était tenu pour suspect par les nations catholiques; et plus d'un échec récemment éprouvé par les fondations dans les pays étrangers tenait à la prévention des gouvernements et même des évoques contre un Ordre de religieuses dont la supérieure résidait à Paris. Rome, centre éternel de l'Église, et chef-lieu d'un état gouverné et protégé par des lois paternelles, était encore alors la ville de la paix, la grande ville de refuge. Enfin, à cette époque , commençait à se faire autour du Saint-Siège cette concentration des choses catholiques qui n'a cessé de se poursuivre ; et l'on tenait pour certain que l'esprit du Sacré-Cœur ne se maintiendrait nulle part en une plus grande pureté que dans ce foyer de la foi , de la piété et de la discipline. Pour toutes ces raisons , un très-grand nombre de religieuses, surtout celles de l'Italie et de l'étranger, de sages amis du Sacré-Cœur, comme les Pères Rozaven, Loriquet, Barat, Sellier et môme le bon Père Varin; enfin de graves personnages ecclésiastiques, comme JVP'Tharin, évèque de Strasbourg ; M^' Reisach , évêque d'Eichtadt , qui fut plus tard cardinal; M^' Parisis, récemment évèque de Langres , appelaient ou approuvaient la translation à Rome du siège de la Société , c'est-à-dire de la maison mère avec le noviciat.
On comprend assez quelles devaient être , à cet égard , l'angoisse et la perplexité de M""" Barat. Si , d'une part , la France était la patrie de son cœ-ur , Rome était de plus en plus la patrie de son âme. Or, entre les deux, si elle n'eût consulté que ses goûts de
piété , de solitude et de paix , et surtout son profond amour pour le Saint-Siège, elle eut préféré Rome, ainsi qu'elle l'écrivait quelques années plus tard à l^|me Lehon : « Le plus grand de mes sacrifices est de vivre loin de vous et de la ville sainte. J'y ai connu, d'ailleurs, les meilleurs moments de ma vie religieuse ^ » Mais ici, comme en tout le reste, son mobile, ainsi qu'elle l'explique elle-même, était « le seul intérêt de sa congrégation » . Or, cet intérêt suprême ne lui commandait-il pas de continuer à résider au sein de cette France, premier berceau, et encore principal centre d'action de sa Société, sanctuaire de ses traditions, source de ses vocations, foyer de son apostolat? Pouvait-elle l'abandonner, sans que peut-être l'épiscopat et le g&uvernement n'en prissent de dangereux ombrages? Cette opinion était celle d'un grand nombre d'évêques. Le seul avis capable de prévaloir contre le leur eijt été celui du Pape, ou seulement son désir, s'il l'eût exprimé, Mais il n'en était rien : « Le Saint-Père me laisse libre, écrivait précédemment la mère générale; Sa Sainteté a compris qu'il faut laisser le siège de notre Société en France; et malgré l'avis de ceux qui disent le contraire, il tient ferme. » De même, dans une lettre de 183 G : « De grâce, ne \ous inquiétez pas de mon séjour à Rome, il ne sera que passager. Notre Saint-Père le Pape a compris que le gouvernement de notre Société doit se maintenir en France. »
Tel était l'état des choses on 1839. Ces cpicstions, bien qu'agitées encore sourdement, passionnaient déjà tellement les esprits, que la supérieure sentit iiue la
« Paris, l'J iiiar^ 18/*/i.