‹ Histoire de madame du BarryChapitre 124 sur 304 · V. ci-dessus. i · texte numérisé non relu

V. ci-dessus. i

fond n’est autre que madame du Barry sous les traits de la Bourbonnoise, on la reconnaît à ses cheveux relevés sur le front en escalade, à la beauté des yeux, à la délicatesse de Uovale, une autre figure beaucoup moins soignée et moins fine représente sans doute mademoiselle Des Usages , un personnage qui se cache la figure doit être l’une des dupes peut-être l’huissier.

Nous ne pourrions dire si la gravure a été faite pour le texte de la pièce ou publiée à part. Une note manuscrite qui doit être de M. Duchesne jeune n’éclaircit pas la question. Poisson était un graveur du temps, Nagel en parle, Poisson vivait entre 1770 et 1780. On connaît de lui : Les cris de Paris dessinés d’après nature, in-8°, 1774, n° 7301 en plusieurs cahiers.

C’est encore à l’époque de la présentation et à la lutte qu’elle fit naître, que se rapporte une jolie pièce de vers fort connue, publiée par les Mémoires secrets le 23 février 1769 et reproduite par les Anecdotes , p. 109.

« Les Choiseuls (sic), toujours en crédit, excitoient les Princesses à tenir ferme, et, pour les mieux révolter, exagéroient encore à leurs yeux la. bassesse de l’extraction de la Favorite, Ja dépravation de ses mœurs particulières et le scandale de sa vie publique. Pour mieux confirmer leur répugnance, comme on ne pouvoit mettre sous leurs yeux les chansons grossières qu’on avoit faites sur la Comtesse, et que cette façon de diffamer en vaudevilles est cependant la plus sanglante, la plus sûre et la plus indélébile, ils firent faire des couplets qui disoient la même chose, mais par une tournure ingénieuse, délicate, et qui, conséquemment, n’en étoit que plus cruelle et plus

SA PRÉSENTATION A LA COUR. lyl

perfide. La Satyre y prenoit le ton des Grâces et s’embellissoit de leur parure; ce qui, indépendamment du point historique qu’ils constatent, les rend précieux par leur mérite intrinsèque. Us sont sur l’air : Vous qui vous moquez par vos ris. »

Ce passage tranche par son style sur le langage ordinaire des Anecdotes qui tombent trop souvent, sous le reproche très bien signalé ici, de révolter par la grossièreté de leurs attaques tandis que la Satyre ne perd jamais rien à être gracieuse et décente.

Nous avons retrouvé la même pièce, transcrite dans le recueil de M. de Paulmy et placée par lui sous la date de 1769. Seulement M. de Paulmy veut qu’elle fût chantée sur l’air :

Berger , qu'as-tu fait de mon cœur ?

Lisette, ta beauté séduit Et charme tout le monde.

En vain la Duchesse en rougit,

Et la Princesse en gronde.

Chacun sait que Vénus naquit De l’écume de l’onde.

En vit-elle moins tous les Dieux Lui rendre un juste hommage,

Et Pâris, ce berger fameux.

Lui donner l’avantage,

Meme sur la Reine des Cieux Et Minerve la Sage?

Dans le Serrail (sic) du Grand Seigneur Quelle est la Favorite?

C’est la plus belle au gré du cœur Du Maître qui l’habite.

C’est le seul titre en sa faveur Et c’est le vrai mérite.

On donne parfois un quatrième couplet. (Voyez notamment George d’Heilly, Cotillon III.) Il n’est ni dans le recueil de Paulmy, ni dans les Anecdotes et est évidemment plus faible que les trois premiers.

Que Gramont tonne contre toi La chose est naturelle,

Elle voudroit donner sa loi Et n’est qu’une mortelle.

Il faudrait pour plaire au grand roi Sans orgeuil être belle.

L’auteur des Anecdotes ne dit pas de qui sont ces vers : on les attribue généralement au duc de Nivernois, peut-être parce qu’ils sont d’un goût irréprochable; d’autres ont parlé du chevalier de Boufflers. MaisM. de Paulmy, dont l’autorité est bien plus grande à nos yeux, en fait honneur à l’abbé de Lattaignan; ils ont en effet sa facture ; il a exprimé ailleurs la même pensée avec le même rythme.

Ma maîtresse est une blonde,

Belle s’il en fut jamais;

Vénus, en sortant de l’onde,

Ne fit pas voir plus d’attraits ! etc.

(Bibliothèque de l’Arsenal. — Recueil de chansons , de M. de

Lattaignan1, chanoine de Rheims. B. 81, p. 1.)

Malgré le trait qui se cachait sous les fleurs de cette

1. Gabriel-Charles de Lattaignan, né à Paris en 1697, mort en cette ville le 10 janvier 1779. h' Almanach Royal l’indique comme chanoine de Reims, demeurant aux Pères de la Doctrine chrétienne, et écrit le nom sans t, à la différence d’un autre Latleignant (.sic), commandeur ecclésiastique de l’ordre de Saint- Lazare, et qui demeurait rue Saint-Sébastien, près du Pont-aux- Choux.

mythologie, les compliments étaient de trop pour les ennemis de la favorite, pour la reine de l’Olympe (madame de Gramont?) Les jolis vers de Lattaignan ne tardèrent pas à être parodiés, aiguisés en flèches acérées et lancés dans le monde des Ghoiseuls notamment dans le salon de madame du Défiant.

De deux Vénus on parle dans le monde,

De toutes deux gouverner fut le lot.

L’une naquit de l’écume de l’onde,

L’autre naquit de l’écume du pot1.

Allusion mordante et véridique à l’origine de Jeanne Bécu, dont le grand-père avait été certainement cuisinier 2 et dont la mère avait été probablement cuisinière. Remarquons en passant que cette sanglante épigramme nous vient par le salon de madame du Défiant, là brillait ce chevalier de Lisle 3 que, dit-on, M. de Choiseul avait enrôlé tout exprès pour faire campagne d’esprit et de bons mots contre la favorite 4.

Malheureusement le ministre ne se bornait pas à cette guerre de plume et de quolibets. Il descendait à des attaques plus directes, plus compromettantes pour la dignité de son propre caractère. Il avait imaginé de susciter une rivale à madame du Barry et de la supplanter ainsi dans la faveur du roi. « On débi-

L V. Lettres de madame du Deffant , vol. II, p. 429.

Page 1