‹ Histoire de madame du BarryChapitre 132 sur 304 · Voy. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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« Sa présentation fixa les yeux de l’Europe. Ce fut l’objet de la curiosité générale et de toutes les conversations. Il y eut des paris considérables qu’elle n’auroit pas lieu.

« On avoit fait circuler clandestinement des anecdotes encore manuscrites, et comme ces impostures étoient dépourvues de preuves, on avoit promis à la Gourdan, cette surintendante des plaisirs des libertins de la capitale, de partager avec elle le gain de ces paris. Pour ne pas la compromettre, on auroit écrit une. lettre que les parieurs, maîtres de tous les bureaux, auroient interceptée. La Gourdan résista à l’attrait d’une fortune qu’il falloit acquérir par un moyen aussi criminel, que sa profession qu’elle eût pu quitter, étoit infâme. Elle permit de publier les offres qui lui avoient été faites.

« La brigue échoua, et la comtesse du Barry fut présentée L »

« Du jeudi 23 février 1769.

« Le même jour, les anciens bruits qui avoient couru relativement à la présentation de madame du Barry N. M. d. R. (sic) se renouvellent au point qu’on assuroit que cette présentation auroit lieu le lendemain, jour de saint Mathias, et que tout étoit prêt pour cela, jusqu’à la robe qu’elle devoit porter. J’ai cru qu’une anecdote qui m’est parvenue par une voie seure (sic), concernant celte présentation dont on parle depuis plusieurs mois, devoit d’autant mieux trouver ici sa place, qu’elle prouve à merveille les grandes espérances que les Jésuites et leurs partisants (sic) îondoient sur l’autorité et le crédit que cette comtesse pouvoit acquérir à la Cour; la voici :

« La veille de la Chandeleur, premier du présent mois, un Ecclésiastique étant allé dîner dans une maison de Paris, qu’on ne m’a point nommée, trois autres Ecclésiastiques, qu’il ne connoissoit en aucune manière, et qui sans doute avoient été, comme lui, invités à dîner, s’y

1. Les Illustres victimes vengées, par Montigny. 1801, p. 50.

trouvèrent également. Au milieu du repas, l’un de ces Ecclésiastiques ayant proposé à la compagnie de boire à la Présentation! celui qui étoit arrivé le premier, ne comprenant pas trop ce que signifioit un pareil propos, demanda à quelle présentation il falloit boire, et si c’étoit à celle de Notre Seigneur au Temple, qui devoit se célébrer le le lendemain? A quoi l’autre répliqua : Non, c’est à celle qui a eu lieu hier ou qui doit avoir lieu aujourd’hui, à la présentation de la nouvelle Esther1, qui doit renverser Amant {sic) (le duc de Choiseul, ministre de la guerre et des affaires étrangères) et tirer le peuple juif de l’oppression (c’est-à-dire les Jésuites). Celui-ci, étrangement surpris de ce discours, se proposa bien de faire en sorte de savoir par qui il avoit été tenu, et ne fut pas moins étonné d’apprendre que c’étoit par un ex-jésuite, les trois Ecclésiastiques en question étant membres de cette Société. En conséquence, des bruits relatifs à la présentation de la comtesse du Barry, ceux concernant différents changements dans le ministère, qu’on annonçoit devoir en être comme une suite indispensable, se renouvelloient égallement, et on débitoit que le département des affaires étrangères seroit donné à l’archevêque de Toulouse (de Brienne), ce prélat si remuant, si fécond en projets de toute espèce, et qui étoit à la tête de la commission établie par le Conseil pour l’examen des Ordres religieux qu’il molestoit furieusement.

1. Lors de la visite faite par le roi de Danemark aux Gobelins, le duc de Duras lui offrit, de la part de Louis XV, la plus belle des tapisseries qu’il voudrait choisir. S. M. se détermina pour celle qui représente l’histoire db Esther (4 novembre 1768, Gazette de Hollande). Était-ce déjà une flatterie pour la nouvelle favorite? Il est certain que madame du Barry fut très bien traitée par le roi de Danemark. Derrière son portrait, par Beauvarlet, nous avons trouvé une épreuve du portrait de Christian.

Nous avions toujours pensé que cette réunion singulière ne pouvait être que l’œuvre de madame du Barry. Ce fait, que nous ne connaissions pas alors, donnerait une certaine consistance à notre hypothèse.

« A cette époque, le roi de Danemark étoit en France, à Paris qu’il visitoit. »

Voici la parodie qu’a imaginée M, le duc de Choiseul, pendant sa disgrâce qu’il prétend avoir supportée avec une égalité d’âme si admirable et si philosophique :

Un accident retarda de quelques jours la présentation de madame du Barry, le Roi tomba de cheval à la chasse et se fit mal au bras, parce qu’il tomba dessus. La crainte de la chute qu’il avait faite sur le bras lui ôta la force de se mettre sur ses pieds ; il se passa dans la forêt une scène de faiblesse qui serait dégoûtante pour une petite fille de dix ans; le Roi qui sentait la honte de sa pusillanimité, soutenait qu’il avait le bras cassé : il ne l’avait point ; mais on le traita comme il voulait l’être, et ce qui aurait été un accident dans un village pour un petit garçon fut par les peurs du Roi un accident qui l’a estropié: la crainte du mal l’a empêché longtemps de mouvoir son bras, de manière qu’il a perdu une grande partie de l’usage qu’il devrait en avoir. Je crois que le Roi est le premier exemple d’un homme estropié par peur et cet exemple dépeint parfaitement la consistance de son âme1.

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