LUI
menter la source et si mon cœur se livra à quelques mouvemens d’une innocente joie, c’étoit pour sentir plus vivement toutes les déchirures de la douleur qui devoit bientôt l’accabler.
« Combien d’autres, pour se conserver la bienveillance du roi, sacrifiant le vœu de la nature aux désirs de l’ambition... »
Là s’arrête notre manuscrit.
Mademoiselle de Romans à l'abbé Terray.
Ce 1 8 mai 17 71.
« Je suis pénétrée, Monsieur, au-delà de toute expression des preuves de confiance que vous me donnez et j’irai au premier moment vous en faire de vive voix mes remerciements. Je prends trop de part à tout ce qui concerne M. le controlleur général pour ne pas sacriffier dans ce moment mes intérêts aux siens. Quoique mon embarras soit extrême dans ce moment, je vais user de toutes mes ressources et mettre tous mes amis à contribution pour attendre des circonstances plus heureuses: quand je serois assurée du succès, j’en ferois avec le plus grand plaisir le sacrifice pour ne pas compromettre l’abbé Terray, et je serois la première à m’opposer à sa bonne volonté si elle pouvoit lui être contraire. Ce sont ses sentiments qui m’on réduit à la triste situation d’être quelquefois importune, mais il font le bonheur de ma vie. Je vous prie d’être persuadé de toute ma reconnoissance et des sentiments d’attachement avec lesquels j’ai l’honneur d’être, Monsieur... »
On croirait, à entendre la demoiselle de Romans, que Louis XV n’avait rien fait pour elle et que par
INTRODUCTION
conséquent il y aurait eu un certain désintéressement de sa part. Voici cependant la liste des sommes qu’elle a incontestablement reçues. Le livre Rouge prouve qu’en 1767, il lui a été compté par ordre du roi une première fois 250,000 livres, et une seconde,’ 243,000 livres, en totalité, près de 500,000 livres.
Mademoiselle de Romans avait en outre reçu une croupe du tiers dans la place de François Muiron, fermier général. Elle avait de plus droit à 24,000 francs à titre de préciput sur ce qui excédait 100,000 livres sur les bénéfices de la charge. Enfin, le roi lui avait abandonné les revenus immobiliers des domaines de Saint-Mihiel, s’élevant à plus de 40,000 livres. Nous voulons bien que ces libéralités fussent au fond l’apanage de 1 abbé de Bourbon, considéré comme fils de France, mademoiselle de Romans n’en touchait pas moins en capitaux et rentes, une somme considérable.
Entre madame de Potnpadour et madame du Barry (1764-1768), mademoiselle de Romans est la seule maîtresse connue de Louis XV. Sous ce rapport et plusieurs autres; son histoire nous fournira plus d’un enseignementutile ; séduction préparée de longue main, scène du trébuchet, enlèvement de l’enfant, prodigalité d’argent, on trouve une réunion de scandales déplorables et authentiquement établis; se sont-ils renouvelés sous la nouvelle maîtresse, c’est ce que nous avons à examiner sans plus tarder L
1. Peu dannées après, dit encore madame Campan, le roi, mécontent des prétentions que mademoiselle de Romans établissait sur le bonheur qu’elle avait eu donner le jour à un fils icconnu, et voyant, par les honneurs dont elle l’environnait, qu elle se^ flattait de le faire légitimer, le fit enlever des mains de sa mère. Cette commission fut exécutée avec une grande sévérité le 3 juillet 1765.