‹ Histoire de madame du BarryChapitre 15 sur 304 · NAISSANCE DE MADAME DU BARRY — SON ENFANCE, SA FAMILLE · texte numérisé non relu

NAISSANCE DE MADAME DU BARRY — SON ENFANCE, SA FAMILLE

Madame du Barry, née Jeanne Bécu, reçut le jour à. Yaucouleurs, petite ville du Bassigny, pays dépendant alors du diocèse de Toul et aujourd’hui du département de la Meuse.

La manie de l’antithèse a fait dire à nombre d’écrivains et même à des historiens sérieux que Yaucouleurs était la patrie de Jeanne d’Arc 1.

Volontaire ou non. c’est une erreur matérielle de

1. Pidansat de Mayrobert, Anecdotes , etc., p. 2. Montigny, les Illustres victimes vengées , p. 41. Lacretelle, Histoire de France pendant le dix-huitième siècle , tome XIV, p. 572. Sismondi vol. XXXIX, p. 401. Louis Lacour, Mém. de Lauzun, p. 233, à là note. Nous ne citerons qu’un passage des Mémoires historiques de madame du Barry, par de Favrolle; il suffit pour montrer à quelles déclamations ridicules cette erreur a pu conduire. « ... Et vous, Jeanne la Pucelle, vous naquîtes à Vaucou leurs » Comme Jeanne Lange devint l’amie d’un roi de France... toutes

géographie. Domrémy, où naquit Jeanne d’Arc, est un bourg du Barrois (Vosges), distant de cinq grandes lieues (vingt et quelques kilomètres) de Vaucouleurs. C’est bien, il est vrai, dans cette dernière ville, que Jeanne se rendit auprès du sire Robert de Baudricourt, pour lui révéler sa mission d’en haut, mais il n’y a là rien qui autorise un rapprochement quelconque entre celle qui fut, par sa pureté héroïque, l’honneur de notre histoire et la malheureuse femme qui en est devenue l’opprobre.

On n’est pas parvenu jusqu’ici à se mettre d’accord sur la manière d’écrire le nom de famille et les prénoms de madame du Barry ; le moyen le plus simple de les faire connaître est de donner le fac-similé de son acte de baptême1.

(Voir à la page suivante le calque pris par nous sur la minute originale conservée à Vaucouleurs.)

deux furent célèbres par leur beauté, toutes deux périrent par un jugement atroce. Le bûcher et la hache détruisirent pour jamais des charmes qui eussent dû toucher leurs bourreaux. » (Tome Ier, p. 6.)

1. Le nom propre de l’enfant est écrit Bécu avec un accent aigu sur l’e. Les membres de la famille signent le plus souvent sans accent, quelquefois par deux ce ou un q; parfois aussi ils ajoutent un s et un tréma. Nous suivrons l'acte de baptême.

Le nom de la marraine, Jeanne Birabin, est incomplet, presque illisible. Mais on trouve sur le registre de Vaucouleurs d’autres signatures de la même personne, notamment le 23 septembre 1742, le 1er janvier 1744..., portant en grosses lettres parfaitement distinctes : Jeanne Birabin.

Je ne sais où M. Le Roi a vu quelamarraine a signé Birabine, suivant l'usage des femmes de la campagne. Cette forme soidisant rustique ne se trouve ni dans le corps de l’acte, ni dans la signature autographe.

Ainsi, Jeanne Bécu était enfant naturel. Le père n’est pas nommé dans l’acte; l’auteur de la faute a été soupçonné : il n’a jamais été positivement connu. IL ne serait peut-être pas impossible de découvrir le mystère de son nom. Notre ancienne législation obligeait, sous les peines les plus sévères, une fille qui devenait enceinte, hors mariage, à déclarer sa grossesse h Un registre était tenu dans les bailliages pour recevoir ces déclarations1 2. Souvent on lit le nom du père, quoiqu’il n’y eût pas pour la fille-mère obligation de le révéler. Il suffirait donc de retrouver le registre des déclarations de grossesse, qui peut exister dans les archives de Chaumont, de Bar-le- Duc, Saint-Mihiel ou de tout autre bailliage des environs, po ur trancher une question , qui a été une source de contestations interminables, historiques et judiciaires.

On attribue généralement la paternité de l’enfant, né le 19 août 1743, à un moine de l’ordre de Picpus qui aurait porté les noms de Jean-Jacques Gomard et en religion, celui d’Ange, assez commun dans les ordres mendiants, ce qui expliquerait le surnom donné plus tard à Jeanne Bécu.

Il y avait à Yaucouleurs un couvent de religieux pénitents du tiers ordre de Saint-François, dits Tiercelins ou Picpus. Ils étaient au nombre de huit. On

1. I] est facile, ont dit certains écrivains, de savoir quel était le père de Jeanne Bécu. Il suffit d’appliquer la maxime : Pater is est quem naptiæ demonstrant. Le père est celui qui est indiqué par le mariage. C’est Pidansat de Mayrobert qui a proféré le premier cette énorme bévue ( Anecdotes , p. 10), et Favrolle ( Madame Guénard) se l’est appropriée en l’aggravant (tome Ier, p. 6).

2. Ordonnance de Henri II, de février 1556, et déclaration de Louis XIV, de février 1708.

voit encore, à Yaucouleurs, rue de la Chaussée, à l’angle formé par le confluent de la Meuse et de la Yayse, les vestiges reconnaissables des bâtiments qu’ils occupaient tels que les cellules, le réfectoire et à côté, la chapelle. Quelques rares papiers sont conservés dans les archives départementales de Bar-le- Duc. Il eût été intéressant d’y trouver une liste nominale de ces religieux. On aurait su si quelqu’un d’entre eux portait le nom d’Ange Gomard. Malheureusement ces listes n’ont pas survécu à la dispersion de l’Ordre au moment de la fermeture des cloîtres en 1790.

La tradition conservée dans le pays veut que la mère de madame du Barry, Anne Bécu allât travailler comme couturière dans ce couvent ; là, elle aurait été séduite. Mais il faut dire que Vaucouleurs était une ville frontière entre la France et la Lorraine non encore réunie à notre territoire. Des régiments français et suisses, des corps d’infanterie et de cavalerie y tenaient garnison. Lauzun y avait passé h . . à quelle milice appartenait le séducteur et comment fut-elle séduite? Disons d’abord ce qu’était la famille: les personnages que nous allons voir défiler sous nos. yeux, sont fort peu dignes à coup sûr de l’Histoire, ils méritent cependant d’être connus parce qu’ils jouent un rôle dans l’existence de madame du Barry et qu’ils ont donné lieu à de nombreuses confusions, à de perpétuels malentendus.

1. « ... Je fus obligé de joindre mon régiment en quartier à Vaucouleurs, le lieu le plus triste de la Champagne, et par conséquent de tout l’U divers. » (. Mém . du duc de Lauzun , édit. Lacour, p. 233.) Les soldats et cavaliers en garnison étaient reçus dans l’hospice du Saint-Esprit de Vaucouleurs ; les états d’entrée et de sortie existent encore dans les archives municipales de la ville.

Fabien Bécu, fils de Jean Bécu, était serrurier ou rôtisseur à Paris en 1600... C’était, suivant la tradition, un des plus beaux hommes de son temps, circonstance à noter au point de vue de la transmission héréditaire du type. Il aurait eu le bonheur de plaire à une dame de Cantigny1, comtesse de Montdidier, à ce point que celle-ci aurait consenti à l’épouser. Une fille naquit de ce mariage. Mais la ci devant comtesse vint à mourir laissant des affaires fort dérangées.

Bécu fut obligé de reprendre l’état de son père, il devint cuisinier de la belle comtesse de Ludre (Marie- Isabelle) l’une des maîtresses de Louis XIY. On assure qu’elle était alors exilée au château de Vaucouleurs2.

Elle avait à son service une jeune fille nommée Jeanne Husson. Fabien Bécu l’épousa.

Ces détails sont rapportés dans le Journal de Paris du 13 juin 1813. Il s’agirait de les vérifier.

1. Il nous a été impossible de retrouver les traces de la généalogie des de Cantigny, quoiqu’il y ait eu certainement une ancienne famille de ce nom (Yoy. Dom Grenier, introduction à l 'Histoire générale de Picardie), il existe, en Picardie, un bourg de Cantigny, situé à 4 kilomètres de Montdidier. Le fief de Cantigny-lez-Routi relevait en partie de M. d’Hautefort comme seigneur de Pierrepont, et du chapitre de N.-D. de Paris comme seigneur d’Ayencourt ( Histoire de Montdidier, par le P. d’Aire, 1765, p. 146).

2. La belle de Ludre fut successivement fille d’honneur de madame Henriette, de la reine et de la seconde duchesse d’Orléans (la Palatine). Madame de Sévigné en parle très souvent dans sa correspondance. Mademoiselle de Scudérv écrit à Bussy, le 28 septembre 1677 : « ... Vous avez raison de croire que de Ludre est exilée...; » et le 7 février 1678 : « On croit que lorsque de Ludre s’est mise dans les Sainte-Marie, ça été pour éviter un ordre de se retirer en Lorraine, qu’on l’avoit avertie qu’elle devoit recevoir... » 11 est probable que son retour en Lorraine eut lieu en 1680. (V. à la Bib. nat. 13054 L. 27.)

Les registres curiaux de Vaucouleurs ne remontent pas au delà de 1690. Tout ce qui précède le second mariage de Fabien Bécu échappe donc à notre examen, mais nous avons retrouvé sur ces registres l’acte qui constate la célébration de ce second mariage lui-même, à la date du 22 décembre 1693 b

Il résulte de cet acte que Fabien Bécu n’était plus au service de madame de Ludre au moment où il épousait Anne Husson. Il était officier de M. de Roreté, c’est- à-dire officier de bouche. Les Roreté ou Rorté étaient une des grandes familles du pays2.

La première femme de Fabien Bécu est appelée damoiselle Séverine Bonne. Cette qualification et le prénom indiqueraient assez une personne noble. On comprend qu’on ne lui ait pas donné dans l’acte les titres de comtesse de Montdidier, dame de Cantigny, puisqu’elle avait perdu tous droits à ces dignités par son second mariage.

Les témoins paraissent appartenir à la petite bourgeoisie, l’un est advocat en Parlement, l’autre maître chirurgien, un troisième huyssier audiencier et le dernier un autre officier de M. de Roreté.

La future déclare ne sçavoir signé (sic). L’acte ne dit pas qu’elle fût encore au service de madame de Ludre.

Le récit que nous avons suivi n’est donc pas pleinement justifié ; il continue ainsi :

« Sept enfans naquirent du mariage, savoir : Charles

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