‹ Histoire de madame du BarryChapitre 145 sur 304 · Anecdotes , p. 203. — MM. de Goncourt, p · texte numérisé non relu

Anecdotes , p. 203. — MM. de Goncourt, p

VOYAGES DE LA COUR

ici le démenti habituel que lui donne la réalité mise en face de ses inventious mensongères.

Le journal des spectacles a un avantage : c’est de servir jusqu’à un certain point d’éphémérides pour la cour. Ainsi on lit en tête de l’année 1769:

« Tous les spectacles qui avaient été interdits à la cour depuis la mort de monseigneur le Dauphin (20 décembre 1765, il y avait quatre ans), ont recommencé à Choisy le 6 juillet par une représentation de Y Étourderie, comédie en un acte de Fagan, suivie de la première représentation d'Alix et Alexis, comédie en trois actes, mêlées d’ariettes de Poinsinet, musique de M. de la Borde. Ce spectacle fut terminé par un ballet de la composition de M. Délavai, maître des ballets du Roi et dansé par les danseurs de l’Académie royale de musique de S. M. »

L 'Etourderie, par Fagan, est un imbroglio le plus vertueux et le plus maussade qui se puisse voir.

L’opérette de Poinsinet n’est ni gaie, ni polissonne, ce n’est même pas un opéra-comique, c’est la mise en scène fort sérieuse de la ballade d 'Alix et Alexis , connue depuis le moyen âge et qui remonte aux croisades1, seulement le dénouement est moins tragique, les deux amants, au lieu de tomber sous le poignard d'un mari jaloux, s’épousent en paix.

Il n’y a pas une situation équivoque, pas une parole inconvenante2, il ne peut y en avoir aucune le sujet s’y oppose.

1. V. les Constantes amours d'Alix et Alexis, ballade ancienne mise en vers modernes par E. Deschamps. 1818, Canel, in-8.

2. Alix aime Alexis et était près de l’épouser, lorsqu’une affaire l’appelle en Orient. Il part. La mère d’Alexis, qui voyait ce mariage avec peine, fait croire à sa fille qu’Alexis s’est fait Turc et a épousé trois femmes. Indignation d’Alix. Elle consent par dépit

VOYAGES DE LA COUR

Pidansat de Mayrobert a bien senti qu’il n’y avait rien à reprendre dans cette pièce, aussi il a changé son plan d’attaque et il s’est tourné contre la musique. Voici ce qui l’indigne :

« La musique, dit-il, étoit du sieur La Borde, premier valet de chambre du roi, qui avoit eu l’indécence de proposer cette pièce, dont mademoiselle Guimard avoit eu les prémices sur son théâtre de Pantin L

Constatons d’abord que madame du Barry est hors de cause, qu’il y ait indécence de la Borde, c’est une autre affaire et qui ne concerne nullement madame du Barry.

Nous n’avons pas à défendre M. de la Borde, il était premier valet de chambre du roi, il était son favori ; s’il y avait eu inconvenance à faire représenter la pièce devant Sa Majesté, il aurait été le premier et le seul coupable, mais il nous semble qu’il n’y avait rien à craindre de ce côté ; qu’un essai eût été tenté sur le théâtre de Pantin , c’était possible , il n’y avait là nulle injure pour le roi. M. de la Borde vivait publiquement avec Mademoiselle Guimard3. Il était donc

à épouser un Anglais, vieux et riche. Le contrat est signé, lorsque Alexis reparaît, déguisé en Arménien, marchand de bijoux. Il se fait reconnaître d’Alix. Désespoir de celle-ci. Mais sir Robert est magnanime : il renonce à ses droits. Alix refuse d’accepter. Combat de générosité. Sir Robert l’emporte, et il adopte les deux époux. C'est de la sentimentalité vertueuse, excessive, et non de l’immoralité.

2. Jean-Benjamin de la Borde, né à Paris le 5 septembre 1734, premier valet de chambre de Louis XV, fermier général, exécuté révolutionnairement le 22 juillet 1794. Il ne faut pas le confondre avec son presque homonyme Jean-Joseph de Laborde, père de madame Marchais.

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