CHAPITRE XYI
LE CHEVALIER DE LA MORLIÈRE ET MADAME DU BARRY LE FATALISME. — DÉDICACE.
Un des attributs d’une maîtresse en titre du roi était, nous l’avons dit, de recevoir la dédicace des œuvres nouvelles; travestie, tantôt en Vénus et tantôt en Minerve, suivant qu’il s’agissait de poésies galantes ou d’œuvres plus graves, il était de règle qu’elle savourât l’encens que lui prodiguaient les écrivains faméliques. Madame de Pompadour avait été l’objet de ce culte littéraire1. Madame du Barry eut aussi ses adulateurs, moins éminents que ceux de la marquise. Au premier rang de ceux-ci se trouve le chevalier de la Morlière, l’auteur d’ Angola, il devança tous ses rivaux pour lui offrir l’hommage d’un livre qui porte ce titre singulier : le Fatalisme avec cette épigraphe empruntée à Sénèque le tragique:
« Il n’est pas possible aux dieux2 même de changer
1. Crébillon lui avait dédié son Catilina; Voltaire, son Tancrède; Palissot, sa Dunciade; mademoiselle de Lussan, une espèce de roman sur Marie, reine d’Angleterre. (V. cette dédicace à l’appendice.)
2. On lit dans le Journal de la Librairie (Bibl. nat., départ, des Mss. F. FR. 22165) :
« Du jeudy 1er juin 1769. Livres nouveaux. — Le fatalisme ou Collection d’anecdotes pour prouver l’influence du sort sur l’histoire du cœur humain, par M. le chevalier de la Morlière,
le cours des événements qui se précipitent comme des effets enchaînés à leurs causes premières; chacun subit 1 ordre du destin dont aucune prière ne peut fléchir les arrêts h »
Voici le texte de l’épître dédicatoire :