Leurs armes étaient
« De gueules à trois lions d’argent, lampassés et armés d’or, posés 2 et 1. »
LE DROIT DE GRACE
famille, était venu se réfugier dans un antique château appelé le Parc-Vieil et situé sur les confins de la Champagne et de l’Orléanais. Ses affaires étaient embarrassées au point que tous ses biens étaient décrétés, nous dirions aujourd’hui saisis, et ses revenus placés sous un séquestre qu’on appelait alors fermier judiciaire.
Il mourut en 1766, transmettant cette triste position à son fils Pierre-Edmond du Pé , comte de Loiiesme.il avait épousé dame Françoise Constant de Villemond, veuve du baron de Heldorf, sans fortune par son premier comme par son second mari. Leurs embarras étaient grands en face d’une succession grevée de dettes au-dessus de leurs forces. Ces dettes, ils avaient dû les cautionner, par corps, pour empêcher que leur père ne fut totalement dépossédé de son dernier asile, elles étaient donc honorables dans leur principe, elles n’en pesaient pas moins lourdement sur eux.
Iis ne parvenaient à prolonger la lutte que par des moyens de procédure et souvent aussi, il faut le dire, que par des menaces qui terrifiaient huissiers et recors. Malheureusement, le bail judiciaire était passé entre les mains d’un nommé Dorcy, homme ardent et praticien habile, il comprit que pour faire cesser la résistance du comte et de la comtesse de Loiiesme, il fallait mettre la main sur ces nobles débiteurs et il étendit autour d’eux ses lignes de circonvallation de loin. Il commença par prendre une contrainte aux requêtes de l’hôtel, pour obtenir l’expulsion du comte et de la comtesse hors du château, exécutoire, nonobstant opposition, ni appel, à peine de rébellion, disait la sentence, envers justice. Il s’en fit délivrer une autre
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par le commissaire aux saisies réelles, à raison du cautionnement qui rendait le comte de Loüesme, contraignable par corps, puis il les confia à deux huissiers distincts, la première à un sieur Chamorin, la seconde à un sieur Jolivet. Enfin, il les fit appuyer par des brigades de maréchaussée de Saint-Fargeau et de Courtenay. Au 1er juillet 1768, à quatre heures du matin, suivant les uns, à trois heures, suivant les autres, le château se trouva cerné.
Sans être un château-fort, le Parc-Vieil avait ces défenses que possédaient alors toutes les demeures féodales; il était entouré de fossés profonds remplis d’eau, on n’y parvenait que par un pont-levis, tombé de vétusté et remplacé par des poutres avec des traverses movibles (sic) qu’on enlevait la nuit ; les huissiers firent sommation à haute voix qu’on eût à leur ouvrir les portes. Le comte et la comtesse de Loüesme accoururent à ce bruit et des pourparlers s’engagèrent avec Dorcy qui était à la tête de l’expédition. On ne put s’entendre; des paroles on passa aux invectives et des injures aux voies de fait. Les huissiers ayant passé sur les poutres, voulaient enfoncer la porte, M. le comte de Loüesme montra le bout de son fusil par une fente qui s’y trouvait, Jolivet chercha à s’en emparer, le coup partit et la mêlée devint générale. Les gens du château accoururent au secours de leur maître, la comtesse de Loüesme, elle-même, défendit son mari et fit le coup de feu à ses côtés. L’avantage resta aux assiégés. La maréchaussée dut battre en retraite, laissant deux morts derrière elle : l’huissier Jolivet et un cavalier de la maréchaussée, mortellement atteints; ils ne tardèrent pas à rendre le dernier soupir.
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L’affaire était grave et cependant elle n’était pas terminée, le comte et la comtesse de Loüesme pouvaient fuir, ils n’y songèrent pas, ils restèrent dans le château, faisant monter la garde à leurs gens et crier : Qui vive ! ils ne furent pas inquiétés pendant les deux premiers jours; mais la nuit du 2 au 3 juillet, le Parc-Vieil fut de nouveau investi par les brigades précédentes auxquelles s’était jointe celle de Montargis accompagnée des habitants des campagnes voisines, requis pour leur prêter main forte. L’action allait recommencer, si dès le début, le cocher nommé Godard, n’avait été tué par le sieur La Bassée, commandant de la brigade de Saint-Fargeau. G’était un ancien serviteur de la maison, attaché à ses maîtres qu’il servait depuis son enfance; il avait montré le plus d’énergie pour les défendre lors de la première attaque ; lui mort, les autres domestiques, les femmes, les enfants crièrent miséricorde; la maréchaussée entra la baïonnette au bout du fusil, la comtesse de Loüesme fut légèrement blessée, tous les habitants du château furent constitués prisonniers et conduits à Montargis au nombre de neuf.
Tel fut cet épisode, fort ordinaire au temps de la Ligue ou de la Fronde, et qu’on est étonné de rencontrer dans la seconde moitié du dix-huitième siècle h II
1. Ces affaires, pourtant, n’étaient pas cependant sans exemple, comme le prouvent les deux cas suivants :
Isoré, marquis de Pleumartin, de la noblesse la plus ancienne du Poitou, se conduisait en plein règne de Louis XV comme un seigneur féodal du moyen âge. Décrété de prise de corps en 1755, il se retrancha dans son château et tua roide d’un coup de pistolet le commandant de la maréchaussée qui avait investi ie château. Il fut arrêté et transféré à Paris. Malgré les hautes influences mises en jeu pour le sauver, il fut condamné
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fit une vive sensation, le roi s’en émut et par des lettres patentes du 14 juillet, il dessaisit les juridictions des requêtes de l’hôtel auxquelles le bailliage de Montargis avait d’abord renvoyé l’affaire, pour en attribuer la connaissance au Parlement de Paris , grande chambre et tournelle assemblées. La cause fut considérée comme constituant un cas royal pour rébellion faite à justice à main armée. La procédure fut réglée à l’extraordinaire. Gela voulait dire que les témoins seraient appelés à réitérer leurs déclarations une deuxième fois, ce qui n'avait jamais lieu en matière civile et qu’ils seraient confrontés avec les accusés. On ne procédait ainsi que dans les cas les plus graves L Cette solennité annonçait qu’on était disposé à faire un exemple sévère.
Cependant il s’écoula un an avant que le Parlement songeât à s’occuper du comte et de la comtesse de
à avoir la tête tranchée. Seulement, par égard pour sa famille, on lui épargna l’ignominie d’un supplice public : il fut étranglé dans sa prison. L’ancien manoir fut rasé... » ( Journal "de d' Argenson, janvier 1755, et note de M. Rathery sur ce passage.)
« Madame de Laroche-Bousseau, femme de qualité (et du nom de Vassé), est condamnée à laisser une terre à son beaufrère, qui vient pour s’en mettre en possession avec l’autorité de la justice et de la maréchaussée. Cette femme violente, accom tumée au feu et à la chasse, et toujours habillée en homme, avertit son beau-frère de se retirer: il s’en moque. Elle lui tire un coup de fusil de sa fenêtre et le tue sur le pont-levis où i. étoit, puis fait seller un cheval, passe à travers les gardes, tue et blesse encore deux autres hommes, et vient à Paris demander sa grâce, qui lui a été refusée, comme de raison. Elle pourra bien mourir en Grève, si on l’attrape, ou au moins de quelque mort à la Romaine (il y a dans ce fait assassinat et rébellion, et en France les rébellions à justice sont très sévèrement punies).
« Elle a eu sa grâce, et le mort a eu tort. » Mathieu-Marais, juillet 1725.