‹ Histoire de madame du BarryChapitre 159 sur 304 · Denizart Récollement · texte numérisé non relu

Denizart Récollement

LE DROIT DE GRACE

Loiiesme, probablement par la protection puissante de leurs amis. Au mois de mai 1769, il parut un mémoire justificatif en leur faveur, composé par Me d’Aligrand, avocat. A cette époque la défense n’existait pas au criminel, la procédure était secrète, que pouvaient dire des avocats qui ne connaissaient pas les pièces du dossier ? Iis devaient se borner à des phrases vides de faits et aussi n’est-il rien de plus insignifiant que les mémoires publiés dans ce temps. De ce nombre, était celui de Me d’Aligrand. Après avoir affirmé l’innocence de ses clients, — ce qui était son droit, — il se bornait à discuter des questions de procédure, si le jugement frappé d’opposition était exécutoire, si l’heure pour la régularité de l’exploit était sonnée, si le soleil était levé et il citait doctement la loi des xn tables, qu’on s’attend peu de trouver en cette affaire. Sol occasus suprema tempestas esto. La partie adverse représentant la veuve de Jolivet et ses enfants, lui répondait : « Le mémoire du comte et de la comtesse de Loiiesme est un discours étudié, éloquent, où l’on s’est efforcé de cacher la vérité sous de belles paroles et par des détours captieux, c’est une image formée de l’assemblage de différentes couleurs, et comme ces statues enchantées dont Platon parle, qui plaisent d’abord aux yeux, mais qui sont odieuses par leurs illusions, ou comme ces vapeurs que l’aurore dissipe en ramenant le jour.»

Ce pathos renouvelé des plaidoyers du dix-septième siècle était signé: Dumortous, avocat. Dorcy, qui était un homme d’affaires, positif, avait ajouté à ces phrases ridicules des moyens d’une tout autre portée pratique. Il avait produit les procès-vefbaux de douze rébellions armées, commises en différents temps

LE DROIT DE GRACE

par les accusés, et il articulait contre chacun d’eux des faits d’une grande précision.

M. le comte de Loüesme avait menacé depuis longtemps de tirer sur tous ceux qui se présenteraient pour exécuter des mandats de justice : huissiers, recors, serruriers chargés d’ouvrir les portes. Le fermier judiciaire avait été averti de ces menaces par les gens mêmes du château , la femme du garde chasse, etc.

La veille de l’événement, le comte de Loüesme avait, à l’aide de ses domestiques, lâché les bondes des deux étangs pour emplir les fossés du château ; il avait disposé, au-dessus de la porte d’entrée, des poutres formant bascule, de manière à tomber sur ceux qui entreraient et à les assommer ; il avait réuni dans les appartements supérieurs des pistolets, des fusils, des cartouches, on parlait même de couleuvrines.

Quant à la comtesse, c’était elle qui avait tué Jolivet. Cinq témoins en déposaient.

Enfin, il était quatre heures du matin, le soleil était levé, on était au 1er juillet, l’exécution était régulière, mais il y avait parti pris de la part du comte et de la comtesse de Loüesme d’empêcher, par la force, qu’on ne s’introduisît dans leur demeure, et depuis longtemps ils faisaient régner autour d’eux un système de terreur qui tenait les gens de justice éloignés de leurs créneaux.

Cette réplique changeait la face du procès. Hardy et les Nouvelles à la main 1 reconnaissent que l’effet du mémoire d’Aligrand se trouva paralysé et qu’il devint plus préjudiciable qu’utile aux assiégés.

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