V. supra , p
2. Voici le texte des lettres de surséance, que nous avons trouvées dans les papiers de M. Joly de Fleury (vol. 445, p. 142) :
« Monsieur,
« Le Roi me charge de vous mander que son intention est que vous m’envoyiés un extrait de la procédure instruite contre le comte et la comtesse de Loüesme, et qu’il soit sursis à l’exécution de l’arrêt rendu contre eux, jusqu’à nouvel ordre de S. M.
« Je suis votre très humble et affectionné serviteur.
a Signé : De Maupeou.
Paris, le 5 juillet 1769.
LE DROIT DE GRACE
temps. Déjà l’arrêt était imprimé, les ordres pour l’exécution étaient donnés... les distances à parcourir étaient grandes, les délais très courts, le moindre retard aurait pu amener une catastrophe irréparable. Le comte et la comtesse de Loiiesme furent sauvés. Les lettres de surséance portaient l’ordre d’envoyer un extrait de la procédure à la chancellerie et, le 20 août suivant, après une nouvelle intervention de madame du Barry, la peine de mort fut commuée en une détention à perpétuité dans une maison de force, aux dépens de la famille des condamnés.
Ils furent conduits au château de Saumur pour y subir leur peine1. Cet événement, disent les ennemis de madame du Barry, lui fit beaucoup d’honneur et lui concilia une partie des grandes familles du ro}^aume qu’il concernait. Nous aurions mieux aimé pour Louis XY qu’il se fût rendu aux supplications si touchantes d’une fille demandant la vie de sa mère, au lieu de se décider par des considérations d’alcôve ; mais sa résistance montre qu’il y eut pour madame du Barry un certain mérite à lutter contre un refus dicté par la raison d’Etat, la nécessité d’un exemple et la règle des précédents, dont l’autorité était alors si puissante.
Pidansat de Mayrobert, toujours malveillant, insinue que ce fut de la part de M. de Maupeou un coup de politique digne de lui pour ménager à sa cousine un moyen de se distinguer. M. de Maupeou a-t-il traité
1. Plus tard la détention fut commuée en un bannissement à l’étranger; leurs biens furent vendus le 20 septembre 1778, moyennant 62,500 francs, et Louis XVI eut la bonté, on peut dire la faiblesse, de leur faire une pension. (Annonces, affiches et avis divers, 1778.)
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madame du Barry de cousine, et quel intérêt avait-il à la flatter? Il occupait le plus haut poste du royaume, il était inamovible, il n’avait donc rien à espérer ni à attendre d’elle et nous verrons bientôt en lui un caractère d’une telle trempe, qu’il faut repousser jusqu’à preuve contraire toutes les imputations qui n’ont pas de raison d’être.
Le mois d’août 1769 n’offre aucune particularité relative à madame du Barry. On ne trouve rien qui la concerne qu’une lettre de Voltaire sous le nom de Girofa à la comtesse de Rochefort, déguisée en madame Gloutier, datée à Ferney du 31 Auguste 1769, « pourvu, dit Voltaire, qu’on ne nous desserve pas auprès de M. le Prieur (le roi), nous nous moquons de MM. de Bruguières (le Parlement), et des financiers. Nous souhaitons seulement que vous n’ayez plus la peste et nous espérons toujours que M. Bigot (M. de Ghoiseul) sera votre médecin, qu’il conservera toujours sa bonne réputation malgré la tante ( madame du Barry), qui est, je crois, une bonne femme.
« Notre manufacture va toujours son petit train et nous comptons dans quelques semaines pouvoir vous envoyer des échantillons... »
Voltaire ne recevait ses inspirations que des Ghoiseul ou de leur entourage, de madame du Deffant, par exemple, avec laquelle il était en correspondance réglée. Cependant il rend hommage à la bonté de madame du Barry; c’est, je crois, une bonne femme, dit-il, et en ce point il est d’accord avec le sieur Pidansat de Mayrobert, un ennemi acharné, qui écrit à cette même date, dans son livre des Anecdotes 1 :