CI
Enfin nous avons encore un autre plan annexé à la vente nationale de l’an III. Nous en ferons usage en temps et lieu, en nous aidant en outre de la description du procès-verbal d’expertise qui a précédé la vente.
Disons, dès à présent, que ce domaine portait l’empreinte de sa destination primitive, c’est-à-dire de son affectation au service des eaux. Le terrain était long de 200 toises sur trente seulement de largeur. Cette bande avait d’abord été nécessaire pour la pose et la surveillance des tuyaux qu’elle accompagnait. Au-dessous et à très peu de distance de la maison d’habitation étaient les forges et fonderies nécessaires à l’entretien de tant de rouages en fer; entre elles et la maison se trouvait le grand puisard dit d’à-mycôte où était placé le second relai des pompes aspirantes qui faisaient monter l’eau de la Seine sur la hauteur de l’aqueduc de Marly ; les vestiges s’en voient encore vis-à-vis de la porte d’entrée du parc actuel. En face, divers bassins étaient destinés à recevoir le trop plein des eaux, il était expressément défendu dJy toucher.
Le voisinage de la machine devait rendre le séjour de la maison Deville presque intolérable pour tout autre que l’inventeur, qui pouvait avoir pour ces bruits les oreilles d’un père. Déjà une femme d’esprit avait dépeint en vers pleins de vérité et de poésie l’impression qu’elle avait éprouvée en entendant de loin cet infernal concert.
Ces efforts redoublés et ces gémissements,
Cet appareil de fer et ces grands mouvements Offrent partout aux sens la nature offensée :
Elle semble gémir d’avoir été forcée,
LA COUR A COMPÏÈGNE.
Et cedant à regret aux entraves de l’art Aux caprices des rois se plaint d’avoir eu part.
Ah! que j’aime bien mieux la modeste fontaine,
Qui, dans ces prés fleuris, s’enfuit du pied d’un chêne Et qui formant le cours d’un paisible ruisseau Arrose des gazons aussi frais que son eau '.
Madame Le Brun, elle aussi, avait entendu la machine et de plus prés que madame d’Houdetot ; elle a écrit dans ses souvenirs : « Madame du Barry m’établit dans un corps de logis, situé derrière la machine de Marly dont le bruit lamentable m’ennuyait fort... » Lamentable ! c’était bien le mot propre pour rendre ce qu’il y avait de triste discordance dans ces bruits confus.
On se demande comment on avait choisi une pareille habitation pour le malheureux prince de Lamballe, en proie à des douleurs atroces qui devaient le conduire au tombeau.
Il n’est pas moins difficile de comprendre que Louveciennes ait été choisi comme lieu d’une retraite voluptueuse. La situation n’était pas plus propice à la souffrance qu’au plaisir. Le confort n’existait pas alors ; on se contentait du luxe et de l’apparat extérieur. La présence du roi, le nombre des officiers attachés à sa personne, les mille sujétions de l’étiquette, supposaient un emplacement assez vaste pour contenir tout cet entourage. Il fallait donc des agrandissements qui nécessitaient eux-mêmes des répara-
1. Vers faits par madame d’Houdetot à Fourqueux1, près de Marly, dans un jardin d’où l’on entendait la machine qui monte les eaux de la Seine (1778).