‹ Histoire de madame du BarryChapitre 183 sur 304 · On lit dans la Gazette de Leyde du 6 novembre · texte numérisé non relu

On lit dans la Gazette de Leyde du 6 novembre

« On dit que le duc de Choiseul sera élevé à la dignité de maréchal de France. »

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venue avant que le projet ne fût réalisé il comptait qu’il pourrait être repris pour le compte delà nouvelle favorite. Le jour fut fixé au 28 septembre, le temps favorisa la fête, il y eut chasse et prise de deux cerfs, splendide dîner, etc., etc. Restait la surprise, qu’elle serait-elle ?

« On s’attendoit à quelque galanterie du sieur Bouret dont le génie est plein de ressources pour de pareilles fêtes et il n’a pas manqué de remplir l’attente des curieux. On y a trouvé une Vénus, modelée d’après celle de Goustou pour le roi de Prusse. L’adroit courtisan y avoit fait adapter une tête, sculptée d’après celle de madame du Barry, et en a présenté le coup d’œil à S. M. flattée de la manière dont on divinisoit ainsi son goût1. »

Les Goustou sont des sculpteurs lyonnais qui ont illustré, leur nom au dix-septième siècle, dans la décoration du parc de Versailles, des jardins de Marly, des Tuileries, etc. Celui dont il est ici question, est Guillaume, deuxième du nom, né à Paris en 1716, reçu à l’Académie de sculpture en 1742, et auquel le roi de Prusse avait commandé les statues de Mars et de Vénus. Elles existent toujours au musée de Berlin. Il fallait que Bouret eût ou se fût procuré une copie de la Vénus. Qu’est-elle devenue? Nous l’ignorons.

On aurait, outre le buste de Pajou, une tête sculptée de madame du Barry, et comme celle-ci était destinée à être reconnue à première vue par le modèle en personne, la ressemblance avait dû être particulièrement soignée ; elle aurait donc un grand intérêt pour l’iconologie de madame du Barry. Son prix serait

1. Journal du temps, cité par l’auteur des Anecdotes, p. 162.

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plus grand encore si la copie de la Vénus et la tête ajustée étaient de Coustou.

C’est pendant ce voyage à Fontainebleau ou peu de temps auparavant que l’auteur des Anecdotes place la plaisanterie attribuée au duc de Lauraguais. On raconte qu’il aurait été prendre une fille chez laGourdan, et l’aurait produite dans le monde sous le nom de madame la comtesse du Tonneau , allusion au nom de madame du Barry et peut-être aussi aux caricatures qui la représentaient travaillant comme les ravaudeuses dans un tonneau1. On aurait pu attendre une critique plus fine delà part d’un homme qui était l’amant de Sophie Arnoult. L’intention n’en était pas moins insultante et aurait pu coûter cher à qui l’eût risquée sous le règne de madame de Pompadour. Le duc de Lauraguais en fut quitte pour un voyage de prudence en Angleterre. Une jolie gravure du temps pourrait se rapporter à cette anecdote... Madame du Barry dont les traits sont parfaitement reconnaissables, est assise, au coin d’une rue, dans un baquet ou baril scié par la moitié. Elle raccommode des bas et des culottes ; elle est en grande toilette de cour, la tête couverte de dentelles, la gorge nue et ornée d’un collier. Derrière dans le fond on aperçoit un homme qui a monté l'escalier extérieur d’une maison et qui semble faire marché avec une femme ; au-dessus ,

1. D’après les mémoires secrets de Bachaumont, la femme que M. de Lauragais aurait ainsi surnommée était sa maîtresse. Il la maria ensuite à son secrétaire, et, plus tard, ayant voulu continuer ses relations avec elle, il en advint un procès à Londres qui lui donna l’occasion de publier un mémoire sous le titre : Pour moi et par moi. Voy. Cabinet des Estampes et Iconographie.

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une autre femme semble examiner s’il entrera. Sur le devant un chien lève la patte contre le baril.

Cette pièce fort bien gravée a douze centimètres de hauteur sur sept de large, le graveur a signé C. F. Fritsch.

Est-ce la plaisanterie du duc de Lauraguais qui a inspiré la caricature où la caricature qui a donné lieu à la plaisanterie? C’est ce que nous ne pourrions déterminer.

Quant à la Gourdan, très innocente de l’espièglerie de M. de Lauraguais, elle fut punie par la défense de paraître à Fontainebleau. Pidansat de Mayrobert très versé dans ces matières rapporte « qu’il alloit ordinairement beaucoup de courtisanes s’établir en ce lieu pendant le séjour de la cour pour amuser les seigneurs et autres gens que leurs affaires, leur état ou leurs plaisirs attirent dans cette ville. Cette fois le grand prévôt et les officiers commis à la police eurent ordre de ne pas laisser aborder les nombreux essaims de filles de joie qui y accouroient. On leur fit la chasse dans les hôtels garnis, dans les cabarets ; en sorte que les débauchés trouvèrent cette privation très grande et furent obligés défaire de petits voyages à Paris...» Ce tableau des mœurs est tout à fait édifiant; si ce fut à madame du Barry qu’on dut la cessation d un pareil usage, on ne pourrait que lui en faire honneur. Mais, est-ce vrai? suivant nous on ne peut voir là qu’un effet du progrès naturel des mœurs : chaque jour amène une réforme.

« Madame du Barry, disent encore les Anecdotes , soit par humiliation de la caricature sanglante de M. de Lauraguais, soit par une pudeur naturelle se comporta très modestement pendant tout ce voyage ;

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elle affecta de ne pas se montreren public, pas même au spectacle, où elle se mit loin des yeux des courtisans. »

On a rendu madame du Barry responsable de la composition de ces spectacles que 1 on a signalés comme indécents, nous savons déjà qu’on en possède la liste officielle imprimée 1.

Il y a un article fort détaillé et fort long consacré exclusivement aux spectacles représentés devants. M. à Fontainebleau. Nous le reproduisons, sans en rien retrancher aux pièces justificatives. La tragédie est représentée par Mérope, Tancrède et Y Electre de Crébillon ; la comédie par le Menteur de Corneille ; la Fausse Agnès de Destouches, le Dédit de Dufresny, Crispin rival dé son maître de Lesage. Les grands opéras sont de Rameau, tels que les Sauvages , Dardanus, etc. ; il n’y a rien là assurément de contraire aux mœurs. Les pièces les plus légères ne sont pas moins irréprochables: Isabelle et Gertrude , charmante composition de Favart, Dose et Colas de Sedaine, opérette sentimentale et deux chefs-d’œuvre qui sont restés au théâtre, les Fausses infidélités, de Barthe, et le Cercle , dePoinsinet.

Ces choix attestent un goût parfait et il n’y a pas lieu de s’en étonner; ils sont du maréchal de Richelieu. L’influence de madame du Barry ne se faisait sentir tout au plus que dans la désignation d’une pièce de Cailhava, l’un de ses poètes habitués 2.

Nous avons trouvé dans la Gazette de Hollande cette mention que nous reproduisons sans coraraen-

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