‹ Histoire de madame du BarryChapitre 186 sur 304 · Y. page · texte numérisé non relu

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par des larmes, et le condamnèrent à mort. Je reçus à Versailles une lettre de M. d’Abense pour me raconter l’affaire: que cet infortuné s’étoit réclamé de moi, disant, que je ne l’abandonnerois point si je connoissois son malheureux sort; que pour la discipline les officiers avoient été obligés de condamner, mais que Carpentier leur faisoit pitié; qu’enfin M. d’Abense avoit accordé un sursis pour me laisser le temps de faire ce que je pourrois. Je fus bientôt décidé et je courus chez M. le duc d’ Aiguillon, qui étoit mon recours habituel. Dès les premiers mots que je prononçai il s’écria: « Ce n’est point par moi qu’il faut obtenir cela du Roi, mais par la comtesse du Barry. Revenez tantôt avec votre supplique et je vous mènerai chez elle, c’est le plus sûr moyen d’obtenir la grâce de votre protégé. » A l’heure indiquée je me présentois en grand uniforme chez M. le duc d’Aiguillon qui, fidèle à sa promesse, m’attendoit et m’introduisit chez la favorite comme un homme devant qui les portes sont toujours ouvertes.

J’avois déjà aperçu souvent la comtesse, mais de loin, assez pour juger l’ensemble de sa beauté célèbre, mais pas assez pour les détails. Elle étoit nonchalamment assise, plutôt même couchée dans un grand fauteuil, et avoit une robe fond blanc à guirlandes roses, que je vois encore en écrivant ceci quinze ans après 1.

« Madame du Barry étoit l’une des plus jolies femmes de la Cour, où il y en avoit tant, et certainement la plus séduisante par les perfections de toute sa personne. Ses cheveux, qu’elle portoit souvent sans poudre, étoient du plus beau blond et elle en avoit une profusion à n’en savoir que faire; ses yeux bleus, bien ouverts, avoient un regard caressant et franc qui s’attachoit sur celui à qui elle parloit et sembloit suivre sur son visage l’effet de ses paroles. Elle avoit le nez mignon, une bouche très petite

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