‹ Histoire de madame du BarryChapitre 209 sur 304 · Souvenirs de M. de Belleval , p · texte numérisé non relu

Souvenirs de M. de Belleval , p

2. Cette disposition de Marie-Antoinette à la raillerie est constatée par Mercy d’Argenteau en ces termes: « S. M. R., par un pur effet de gaieté, et sans mauvaise intention se livre quelquefois à plaisanter sur le chapitre de ceux auxquels elle aperçoit des ridicules, cela a déjà été remarqué ici et y deviendrait d’une conséquence d’autant plus dangereuse que cette princesse sait donner à ses observations tout l’esprit et le sel propre à les rendre plus piquantes. » (15 janvier 1770. Lettre à Marie-Thérèse ,

Madame Campan reconnaît bien que l’on reprochait à Marie- Antoinette d’être moqueuse, mais elle nie que ce tût exact. Marie- Thérèse tranche la question. Elle écrit à Mercy le 1er août 1770. En parlant de sa fille: « Par un effet du tendre intérêt que je prends à son bien, je me rappelle qu’étant encore ici elle inclinait à la négligence dans le maintien extérieur et à la raillerie , » elle recommande de l'avertir de ces défauts si jamais elle s y laissait entraîner par son penchant. I, p . 48;

que l’on rencontroit partout à Versailles voulant désigner par là la maison rouge, c’est-à-dire les gens d’armes, les mousquetaires et les chevau-légers, et ce propos qui avoit couru dans les compagnies les avoit fortement indisposées. Nous étions d’ailleurs attachés à M. d’Aiguillon qui nous traitoit fort bien... Or M. le Dauphin et madame la Dauphine le détestoient et nous soutenions notre capitaine-lieutenant. Nous étions donc là pour la plus part Barrions, comme on disoit alors pour exprimer ceux qui étoient du parti du madame du Barry contre le duc de Choiseul, qui étoit roide, plein de hauteur, trop grand seigneur, ce qui gâtoit les immenses qualités de cet éminent homme d’État et profond politique. Sa sœur madame la duchesse de Gramont qui étoit désagréable au possible et méchante comme le diable lui faisoit le plus grand tort et il avoit des gens qui n’étoient pas au duc pour ne pas être à la duchesse sa sœur. La beauté de madame du Barry et l’éclat de cette jeunesse la suffoquoient et elle enrageoit de ne pas tenir sa place auprès de S. M. Tout en affectant pour la maîtresse du Roi un mépris profond, mais le diable n’y perdoit rien. »

Voilà l’antithèse complète. Les partisans de madame du Barry rendent coup pour coup, injure pour injure. Seulement ils ne s’adressent pas à la Dauphine. Ils tombent sur M. de Choiseul, sur sa sœur, madame la duchesse de Gramont, cette femme d’un caractère si élevé que nous ne pouvons nous associer à toutes les rumeurs que l’on a fait courir sur elle. Mais tel est l’effet inévitable des polémiques, des rixes de paroles ou de plume. Madame du Barry y a-t-elle pris part? D’après la correspondance de Mercy, elle se défend d’avoir jamais rien dit d’irrespectueux contre la Dauphine et elle le prie d’en donner l’assurance à l’archiduchesse. Mais d’après

ces mêmes lettres, elle se laissait aller à sa mauvaise humeur contre Mesdames et à des projets de vengeance contre madame de Narbonne, que la Dauphine elle-même déclare être une femme intrigante et dangereuse.

L’habitude constante jusqu’à présent avait été de représenter Louis XV comme entièrement subjugué par madame du Barry : il est à ses pieds, il est asservi à ses moindres volontés, il abdique sa couronne en faveur de cette femme; il n’y a pas d’exemple d’une pareille domination, d’un semblable esclavage. Mais un document inconnu, de la Correspondance secrète , est venu renverser de fond en comble cet édifice artificiel. Louis XV veut se marier à une archiduchesse d’Autriche ! Yoici la lettre qufil écrit le 6 juin 1770 :

LOUIS XV AU COMTE DE BROGLIE (Archives gén. K. 157.)

Versailles, le 6 juin 1770.

« Gomme l’on ne sçait ce qui peut arriver, si Durand n’est pas parti, montres lui ce billet, sinon envoies lui en la copie bien chiffrée, qu’il examine bien la figure de la teste au pieds, sans rien excepter de ce qu’il lui sera possible de voir de l’archiduchesse Elisabeth et qu’il s’informe de même de son caractère, le tout sous le plus grand secret et sans trop donner de suspicion à Vienne et il en rendra compte, sans se presser par une occasion sûre L»

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